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Décembre 2006 décembre 2007

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Mercredi 6 décembre 2007 : " Comme une étoile solitaire… "

Ça m’a pris par surprise, sans prévenir, sans même que je puisse imaginer ce qui pouvait m'arriver… Je marchais tranquillement à L…, la banlieue chic de N… : la vraie.

Moi, j’habite aux Marinas, dans une réserve de classe moyenne de N… Réserve naturelle gonflée de préjugés : ces endroit sécurisé où finalement la plus value vient du fait qu’on ne se mélange pas… Moi après tout, j’ai succombé aussi à ces sirènes. Pour une seule vraie raison : celle de pouvoir vendre vite, au cas où d’un coup ma vie changerait… Mais, je sais bien que cela n’excuse rien… Et je sais aussi qu’il n’y a pas que cela. Qu’au fond de moi, je reste un connard. Qui s’il ramasse les enfants brisés et se penche sur la misère (par l’assistance psychologique et/ou sociale) à longueur de journée, la supporte uniquement de loin.

Là, j’étais chez mes parents, après leur déménagement, dans cette petite ville de banlieue de l’est profond. Ville/village peuplée de gens qui fuient la grande ville et son " populisme ". Véritable réserve à la fois de la haute société bourgeoise, mais surtout de retraités middle class, légèrement bourgeois ou qui s’y croient… Petits ouvriers qui " se tiennent " et ne veulent plus se mélanger à la plèbe. Employés fiers de leurs classes. Retraités, classe hétérogène, abrités derrière ce mot générique qui cache la seule chose intéressante ici : combien de fric, de patrimoine…

Inutile de m’apesantir sur ce que je ressens en traversant cette ville de snobinards-bobos. L’impression vaguement méprisante de me trouver dans une réserve de gens qui se trompent, qui ne vivent que comme au fond d’une caverne en prenant les ombres pour la réalité.

Passons.

Sourire effacé devant les formules de politesse, les accents qui réapparaissent et trahissent derrière les polissages policés… Je me marre devant ces apparences " sauvées ", cette tricherie, cette déformation légère de la réalité au nom de la bienséance. C’est quelque chose que je connais tellement bien. C’est presque d’ailleurs un héritage familial. C’est ça qui m’a conduit à acheter une 206 S 16, pour " paraître "… Avant de, ne la supportant plus, la revendre, avec pertes (mais sans fracas), - après psychothérapie uniquement -.

Marrant quand même cette espèce d’apparence glaciale et guindée qu’adoptent les gens " d’ici ". Ce contenu non verbal, latent dans chaque comportement qui dit qu’on " est d’ici ", qu’on est autre que la plèbe de N…, qu’on a réussi… On prononce un long " bonjourrrrr ‘ Madaaaaame " en entrant chez le libraire, balance un regard en coin, et un sourire moqueur, à ma gueule mal rasée, destroy, " rock’n’roll suicide "… Et on fonce à la caisse payer son TéléZ ou Paris Turf… Ils n’essaient même pas d’acheter " le monde " pour faire semblant.

Les filles de mon âge, ne me font pas rêver non plus. Elles sont ici mères avant d’être femme. Loin de faire tourner la tête du grand fracassé que je représente. Abord raide et givré de bourgeoises marchant dans les pas de leurs mères…

Je revenais donc, à pied d’avoir fait une course, et marchais tranquillement, dans ces rues tranquilles de cet univers campagnard au goût de réserve naturelle.

Lotissements récents, divers et variés. Lignée invariable de maison récentes, jardin sur le devant, décoration style Ikea, petits rideaux mode… Rien ne dépasse, rien ne bouge… Les peintures laquées vernissent la surface, la tendent, la déguisent… Quelques jouets d’enfants oubliés dans les jardins, affichent une réussite familiale tranquille, le monospace ou le 4X4, garés devant, se chargeant d’affirmer la réussite sociale voire professionnelle. Les classes moyennes, vraiment moyennes (là où je me place au fond), affichent le même type de bagnoles, des occases, bien entretenues, qui veulent passer à travers le miroir…

Et, c’est là, que finalement, tout bascule et que je passe moi même à travers le miroir… En défilant devant des petites maisons, pas trop chères sans doute… Je me rends compte d’un coup que ces maisons pourraient appartenir à des instit, et qu’en fait, l’une d’entre elle pourrait m’appartenir. Que ma destinée devait tout droit me mener là… Auprès d’une fille sans orages et sans histoire… J’aurais dû… J’aurais pu… Tous les fleuves qui conduisaient ma vie devaient me conduire sur ces rivages sans couleurs. Je vois des vies minuscules qui s’étalent là dedans. Destinées unicolores qui représentaient pourtant ce à quoi j’aspirais avant… Avant Virginie, avant France ; il y a sans doute un million d’année maintenant…

Et je vois défiler cette étrange apparence que me renvoient ces rideaux croisés, ces meubles sans âme, esquissés derrière les doubles vitrages. Reflet d’une vie rangée comme une boîte et étroite comme un carré dessiné par quatre allumettes… Vie fermée à double tour, protégée et hermétique.

Vie d’instit’ moyen.

Vie moyenne aussi…

Entre les deux gosses et les allocs’, Assez d’argent sans doute, sans être bousculés par les heures de travail, pour deux ou trois plaisirs mensuels. Une vie au ralenti entre les poussières à faire et le break ou le monospace à laver. La téloche le soir, les chaîne satellites… Deux ou trois trucs pour faire semblant… Enterré vivant dans une boîte scellée d’un ruban adhésif " Camif "…

Seul l’amour ravageur que j’éprouvais pour France aurait pu changer quelque chose, me faire supporter ce virage à moi qui n’avait dans la tête que des rêves de flight-case et d’amplis, de Strat’ et de telecasters, de Boeings et d’Airbus, de temples bouddhistes ou hindous et de Jeep.

Moi qui ne veux plus maintenant que sauter d’avions en avions, de franchir les parallèles, de brouiller les lattitudes, de changer mes attitudes… Envie d’aider aussi, de trouver un sens à ma vie dans cette assistance aux autres. Assistance discrète et voilée…

Je me demande comment j’aurais pu supporter cette petite vie normale et moyenne. Moi qui ne suis qu’un médiocre, j’étoufferais quand même je crois dans cette vie tupperware ou l’on ne fait que semblant… Seul l’amour torrent qui m’avait emporté comme un tsunami aurait pu me faire accepter ça sans que je m’en rende compte. Mais c’était il y a si longtemps… Et je voyais ma vie tellement différemment…

Mais, je n’en suis plus là.

Je vois ici le reflet du fric qui domine le monde, cette fauchetonnerie de l’ascension sociale et tous ces faux semblants. Cette fierté d’être " ailleurs ", d’amasser des sous.  D’être diffèrent et de cultiver cette différence. D’avoir des enfants différents des miséreux des écoles, de s’en être sorti. Tout est là, latent, derrière ces rideaux Ikéa. Ces classes qui ne luttent plus. Qui s’enferment et se croient hautaines, heureuses de s’être hissées sur la pointe des pieds à l’échelon supérieur. Amassant frics et " culture " pour permettre à leurs enfants de vivre mieux.. Eternelle ascension sociale à la française, comme l’illustrait Pompidou, devenu président de la république en étant fils d’instit’…

Qu’est ce qui a pu me faire penser autrement, moi qui avait tout pour plonger là dedans ? Les errances de ma psychologie dévastée ? Mon inadaptation mentale psychothèrapiée ? Je ne sais pas, je n’en saurais jamais rien sans doute… Ma vie n’est pas " d’être monté ", d’être le simple avatar hautain du fils d’employé et d’ouvrier devenu middle class. Ma vie n’est pas d’avoir le sang pur quand je suis issu d’une lignée de charpentiers en métal qui suaient littéralement la rouille… J’avais un truc en moins, ou un truc en plus. Mais je fais un bras d’honneur à cette existence qui m’était promise, celle d’être celui qui a faiblement réussi.  Réussir sa vie,(surtout à un aussi humble niveau que le mien), n’est pas réussir dans la vie…

Je n’ai pas envie de cette réussite, trop oublieuse de la réalité. Un peu comme ces ouvriers communistes qui bien que fortemement militants, gagnent au loto et investissent dans les actions des mêmes esclavagistes que ceux qui les " opprimaient " avant…

C’est à ça que je pense quand je ramasse, quotidiennement, des familles et des enfants brisés , quand je côtoie la misère et la douleur. J’avais tout pour cacher une vie moyenne derrière ces doubles rideaux, pour abriter une vie d’instit’ médiocre et pourtant inespérée pour moi. Mais je n’étais pas fait pour ça, au fond de moi. Ce n’est pas à ça que j’aspirais. Je n’était pas prêt à supporter ça. J’avais besoin de foutre tout ça en l’air, et de démolir les passerelles…

Pourquoi reproduire ? Pourquoi me reproduire ? Pour mener la même vie baroque, la course à l’héritage pour les enfants ? Déjà ne plus vivre que pour eux ? Allons bons ! Je n’ai aucun fantasme de propriétaire moi. Rien à transmettre… Je pense intuitivement, au fond de moi, qu’il faut brûler sa vie, se construire et non la construire… Vivre comme un étoile qui brille avant de s’éteindre…

Et je croise ces bobos moyens, je les vois se presser vers leurs maisons. Moi qui n’ai aucune allure, qui me sais laid et vieux. Moi qui sait être sur le bord de la route parce que je n ‘attire personne et ne mérite même pas leurs étroites petites vies. Je me dis que j’ai en moi quelque chose en plus, ou peut être en moins… Mais que finalement, je suis content d’avoir. Ce besoin de colorier ma vie, de la conduire, de la prendre en main. De " ne pas monter bien haut, peut être, mais tout seul "…

Je croise une bobos bon teint qui pourrait être jolie, si elle n’était pas si fade, ses yeux tombent sur moi, elle les détourne aussitôt… J’avance les poings dans mon blouson, portant un treillis fatigué. Je suis devenu cette antithèse, celui qui a perdu sa route.

Mais maintenant, j’en suis heureux.

Je sais bien que je suis tellement loin que je n’en reviendrai jamais, mais justement, je n’ai plus envie de revenir…

Dimanche 7 janvier : " 5 minutes de soleil en plus… "

Généralement, quand je voyais les journaux des " copains " en friche comme le mien, je me disais que c’était bientôt la fin, qu’il seraient bientôt hermétiquement clos… Pourtant, Remboy, Chat fou, ont déjà connus de grands breaks et sont toujours revenus…

Et c’est au tour de’Intimes idées d’être plutôt en friche… C’est un peu ce que je ressens, je n’ai pas vraiment envie de lâcher Intimes idées, j’ai souvent envie d’écrire. Mais j’ai peu de temps, plus vraiment de chose à dire, plus vraiment besoin de m’épancher. Mon accès à Internet est extrêmement aléatoire, problématique, ce qui ne m’encourage pas à écrire…

Qui plus est, l’adresse alpine.blue@wanadoo.fr est la proie de délicieux spammers qui me balancent 200 messages par jour (pour me vendre du Viagra ; remarquez,, c’était d’actualité dans intimes-idées, il y a quelques années, mais plus maintenant ; il devraient se tenir au courant : Z’ont qu’à demander à Virginie). Inutile donc de m’envoyer des messages à cette adresse, ils sont invisibles, perdus dans les centaines de pubs qui envahissent ma boîte. Je cherche actuellement une solution…

Bref, en ce moment tout est construit pour que je n’aie ni le temps, ni les moyens techniques d’entamer une communication avec vous (mais ça ne m’empêche pas de le faire).

Tout ça pour dire que… Me revoilà. Au moins pour un petit moment…

Bon, ça c’est fait.

Je suis toujours temporairement avec Virginie… Je veux dire que la relation est toujours en pointillés et que ça me va très bien. Ce qui me gêne de plus en plus c’est que Virginie me dit qu’elle m’aime. J’aimerais mieux qu’elle se contente de me désirer. Mais c’est comme ça. Pour le moment ça marche bien entre nous. C’est déjà ça. Etrangement, (et heureusement), on décrit toujours nos vie comme séparées. Je crois qu’il en sera toujours ainsi… Bref, Virginie prépare ses vacances d’été en Provence quand je ne rêve que d’Inde et de ski cet hiver… Dieu seul sait si on sera toujours ensemble à ces moments là… Et au fond, ça n’a aucune importance.

Je mange toujours mon antidep’ tous les matins. Par négligence, j’ai omis de le prendre trois jours de suite. La sanction ne s’est pas faite attendre… Non pas une farandole d’idées noires, mais une belle ribambelle de vertiges… J’ai idée que le sevrage, si sevrage il y a un jour, sera bien difficile. Bah, pour l’instant, j’ingère mon dopant la plupart des matins (j’oublie assez souvent), et ça ne se passe pas si mal. Je ne remarque rien de fabuleusement diffèrent avec, mais bon, rien de moins bien non plus.

Donc, je prends les pilules…

Je me suis grillé avec le groupe que j’accompagne le mardi… Un soir de raz le bol… Je vous raconterai… Bref, je vais être plutôt libre le mardi soir… J’ai taillé un costard violent à leur répertoire et surtout à leur état d’esprit par mail et les réponses ont été violentes… Marrant : ils font tout pour conserver leur identité : " petit Bonhomme en Mousse et tagada Tsoin Tsoin "… Ils n’auront pas besoin de me pousser dehors, je m’en irai tout seul. J’ai depuis longtemps envie de retrouver le cinéma d’Art et d’Essai que je fréquentais quand j’étais étudiant… Ce créneau de liberté le mardi soir me convient très bien. Restera à Déciphonie de continuer leur carnaval et leur musique de fanfare au nez rouge sans moi !

Effet de l’antidep ? de la psychothèrapie, de Virginie ? En tous cas, je les ai envoyé se faire plumer sur Mars et je m’en félicite… Un bon coup d’affirmation de soi… Et quand on commence à être fier de ses erreurs et de ses OPA, quand on commence à afficher sa grande gueule et sa mauvaise foi, ça doit être qu’on va mieux… En tous cas, j’ai l’impression d’être un mouton qui a bouffé de la nitro… Sus à la connerie… Ou j’affiche le souhait de ne plus l’entretenir. J’ai fait ce que j’ai pu pour que le groupe prenne un virage qui me permette de continuer à m’y investir, vu le résultat, il ne me reste plus qu’à partir…

Et j’en suis fier ! voilà…

Au niveau professionnel : j’ai quelques dossiers en retards, mais cette année, je m’en fous ! Je tente des choses, je mets en place des trucs, si je me ramasse : je corrige. Sans la pression de l’examen, je me sens largement mieux, tranquille dans mon rôle, même si j’ai déjà envie d’aller voir ailleurs...

J’ai reçu les vœux de certains amis et notamment ceux de France et de Marine…

France m’a envoyé ses vœux (rédigés de manière très personnelle) à 23 h 59 le 31 décembre… Elle devait vraiment s’amuser comme une folle pour n’avoir que ça à faire à cette heure là… Le tout après un silence d’au moins 15 jours…

Impossible de comprendre.

Comme d’habitude.

Et ça me touche pourtant toujours autant, comme chacun de ses messages d’ailleurs…

Comme d’habitude aussi. 

Passons.

L’année dernière, Marine m’avait déjà étrangement troublé lors de ses vœux… Au début de cette année, Christelle, une ancienne collègue du temps où j’étais instit’ m’avait dit de contacter Marine, car elle l’avait rencontrée et qu’elle lui avait dit plein de bien de moi et qu’elle avait envie d’avoir de mes nouvelles. J’avais négligé d’appeler Marine. A quoi bon ?

Là, j’ai reçu un message de vœux étrangement ambigu… Je me suis demandé si Marine, en écrivant : " je t’envoie mes vœux, accompagnés de baisers… ", a bien réalisé ce qu’elle écrivait. Marine qui sait très bien que j’étais très amoureux d’elle il y a cinq ans maintenant et qui n’a jamais écrit des textes comme celui-ci… Là encore, autrefois, j’aurais tiré des plans sur la comète et me serais tissé un costume de séducteur bon teint.

Mais plus maintenant. Maintenant, je sais… Et l’antidep’ m’aide à accepter la cruelle vérité… Le reste n’a plus d’importance.

Je n’appellerai pas Marine.

Même si...

Je me déteste physiquement. Bon, ça maintenant, on en a l’habitude… J’ai pourtant enfin trouvé un gel qui fixe ma coiffure sans " frisotis ni effet raplapla " (si ! c’est marqué sur la notice). Bon, le premier jour j’ai été content de retrouver une gueule assez proche de celle que j’aimais avant… J’ai donc trouvé une solution (enfin) à mes problèmes de coiffure. Mais très vite, j’ai oublié la plus value de cet effet, et je me suis à nouveau haï à plein tube ! Quoique je fasse maintenant, je me trouve toujours aussi moche et les nouvelles fringues, le nouveau gel ne changent rien…

A mon avis, c’est foutu ! Et je n’aime pas du tout non plus ma peau qui commence à afficher le poids des ans. L’année dernière je faisais encore 5 ans de moins que mon âge, mais là, c’est mal barré. J’ai l’impression que je ferai bientôt 100 ans de plus (si vous avez une pub de crème de jour pour homme : pensez à moi !)

Pour mes fringues, j’ai trouvé l’idée géniale… J’ai demandé à Virginie ce qu’elle en pensait. A priori, elle pourrait être de bon conseil ; même si il faudra calmer ses " chevaux sauvages " ! Je la trouve habillée très à la mode et d’une imagination débordante, je crains si je suis ses idées de me retrouver habillé comme un clown rapper… Je ne suis pas certain que ce serait de bon ton avec mon côté réac’ et empesé… On verra donc bien… N’empêche, ce sera toujours mieux que mes fringues transparentes et sans âmes.

A ce sujet, on est extrêmement dépareillés, elle et moi… C’est assez drôle. Dans les rues et les magasins, les regards vont d’elle à moi… Je pense qu’on se rend bien compte qu’on n’a rien à faire ensemble… C’est plutôt amusant… La fille belle, élancée, et à la mode et le mec moche, lourd et habillé comme un con.

Marrant.

Pour l’instant d’ailleurs, mes fringues attendront… Je suis rincés à bloc, pour la première fois de ma vie… Cela fait trois mois que je paie de lourds tribus : impôts fonciers, locaux, puis assurance auto… Taux d’épargne par mois : 0. L’Inde se barre à tire d’ailes... Je ne mets pas un sou de côté, voire parfois, je me vois obligé de tirer sur ma réserve indienne… Pour les fringues ça attendra… C’est dur d’être un petit fonctionnaire (ironie). Bref, je suis loin de me plaindre (j’aurais pas le droit !), mais je suis quand même raide comme un passe lacet (je viens de laisser en deux mois, plus d’un mois de salaire aux impôts !).

C’est nouveau pour moi, de toucher le rouge ! Finalement, je teste tout en ce moment ! A mon avis, mon banquier est moins content que mon psy.

Virginie commence à être jalouse et j’avoue que je ne trouve pas ça très drôle… Cette relation m’est à la fois plaisante, mais me prend trop de temps, déjà. J’aidit ici combien j’ai besoin de temps pour moi. Et ce qu’elle rajoute en suspicion me pèse. Particulièrement quand elle pense en plus réorganiser sa vie. Je ne suis pas prêt pour ma part à remettre la mienne en question. Pas d’envie d’elle à plein temps… Je suis soulagé quand elle recommence à évoquer un long terme où nous sommes séparés ; mais ce n’est souvent que transitoire. Je ne sais pas ce que j’attends de cette histoire. Je ne sais même plus ce que j’attends de moi. Une présence féminine me plaît, mais le couple m’enferme… Je suis trop individualiste en effet. Trop centré sur moi comme Wittner me l’a dit.

Quand Virginie parle comme ça, je lui parle d’une relation à prendre au jour le jour, c’est la seule façon de la prendre pour nous. Virginie boude un peu, puis en convient…

Je vis au jour le jour, et j’aime ça finalement… D’ailleurs, le simple fait de penser à Marine et à ses " baisers rédigés en messages électroniques ", à France et à ses vœux de minuits montre bien que je n’ai pas trouvé encore en Virginie, d’idéal féminin.

Si seulement il en existe un…

Je ne crois pas en l’âme sœur. En tous cas, moi, je n’en ai pas. Ou alors, elle doit être sacrèment tordue !

Etrange quand même comme je peux ne pas tomber amoureux d’une fille idéale comme Virginie : belle intelligente… Peut être est ce que je souffre de nos importantes différences culturelles dont j’ai déjà parlé ici. De toutes façons, il m’est inutile de chercher une fille qui ait la même culture que la mienne, c’est impossible… D’ailleurs, ce serait bien compliqué pour elle : elle serait sous Prozac ou Deroxat et passerait tout son temps en psychothérapie.

Voilà en bref toutes les nouvelles en ce début d’année… J’espère écrire ici à nouveau très bientôt… En tous cas, j’ai des idées d’écriture et j’en ai envie. Reste à trouver le temps et surtout d’avoir l’accès à Internet…

PS : en attendant vous pouvez m’écrire ici : alpine.yellow@wanadoo.fr ; je suis désolé si vous n’avez reçu aucune réponse à un message antérieur… Il a sans doute été perdu dans le spam. Je vous présente toute mes excuses pour ça… N’hésitez pas à m’écrire à nouveau… Je réponds toujours !

Dimanche 14 janvier : " avoir pensé l’impossible et dans un soupir du temps l’apercevoir… "

Le soleil est revenu sur la Lorraine. Les jours rallongent et jouent bien entendu sur mon état d’esprit. 5 minutes de soleil en plus jouent toujours sur moi. Je me souviens, il y a longtemps de cette aspiration au " renouveau " qui m’avait pris quand je travaillais ma guitare électrique en début de soirée. Je me souviens de ce bien être qui naissait en moi comme je contemplais ce ciel clair à l’heure ou avant, il faisait noir… Ces prémices du printemps, qui jouent et repeignent invariablement, en bleu, mon moral… J’avoue me sentir bien en ce moment, peut être est-ce aussi l’effet des antidep’, ou simplement l’effet du temps…

J’ai eu un peu peur, car Virginie a commencé à parler de " vivre ensemble ". J’avoue que cela ne m’a pas fait rire du tout. Elle avait beau me dire que je n’y étais pour rien, je me sentais étrangement coupable. J’étais devenu étrangement soucieux. La relation avec elle me plaît dans l’instant, mais je n’envisage rien à long terme. Chaque instant est beau justement parce qu’il est éphémère et qu’on n’imagine pas du tout d’avenir. Là, Virginie changeait unilatéralement, les règles du jeu, et cela ne m’amusait plus.

Mon monde s’est effondré en quelques heures et j’ai porté un stress assez lourd tout au long du début de semaine. Virginie me décrivait des soucis, des décisions à prendre… Un instant, mon moral s’est plombé, je me suis senti pris au piège, douloureusement enfermé dans des obligations que je n’envisageais pas… Etrange point de vue de quelqu’un qui pourtant ne voyait il y a peu que par le couple. Je ressentais ce besoin instinctif de sauver ma petite vie égoïste. Et j’ai compris là que je n’avais pas du tout envie de former un couple. J’avais un besoin profond de rester libre sans attache ou en tous cas, sans programmation de vie…

Les velleïtés de vie en commun ont fini par devenir moins importantes, Doucement le climat s’est apaisé et Virginie a continué de parler de nous comme de deux entités séparées. Elle s’est remise à évoquer notre relation en pointillés et j’ai trouvé ça bien. Même si au fond, dans ces cas là, elle me manque parfois un peu, je suis bien mieux comme ça que les mains liées à un avenir que je ne souhaitais pas.

Etrange destinée que la mienne maintenant. Trajectoire boule de flipper, sans engagement, besoin intense de vivre pleinement pour moi, de vivre ma vie en en tenant les commandes à pleine main, ou en tous cas, en en ayant l’illusion. Sa jalousie, la sensation d’enfermement que me procure la vision de notre avenir selon Virginie me pèse lourdement. Je n’ai pas envie d’avenir, pas envie de calcul et d’une vie rédigée sur du papier quadrillé. Je veux sortir des lignes, tout inverser sur un coup de tête, vivre ma vie comme si je vivais cent vies.

Professionnellement, je vis d’étrange victoire dans les " rééducations " que je mène. Je sens tout étonné les changements se produire chez les enfants/adolescents que je suis. Je me sens souvent tout étonné du résultat, mais content quand même. Un peu comme quand on se réveille étonné d’avoir dormi. Moi, je suis étonné que " ça marche ". J’ai perdu déjà cette politique de plans d’action et de dossiers qui m’avait tant pesés l’année dernière. Je fonctionne plus au feelings, à l’idée… Je suis surpris que ça marche si bien.

En revanche, mon supérieur hiérarchique ne peut plus m’encadrer, Dieu sait pourquoi. Je soupçonne deux vieilles harpies très " brosse manche ", de m’enfoncer pour mieux se mettre en valeur. Du coup, cet abruti n’a d’estime que pour elles et condamne ouvertement les 8 autres personnes (dont moi) qui travaillent pour lui. Pour l’instant, je supporte ; son estime m’est complètement indifférente, et je suis particulièrement fier de ne pas être très bien vu d’une hiérarchie aussi idiote. Il me paraît tellement évident que quand 2 personnes sur 8 seulement travaillent correctement, c’est soit qu’on se trompe sur leur compte, soit que le service est bien mal géré !

Je crois qu’il y a peu, ça m’aurait gêné. Las pour lui, la psychothérapie, et ma bonne note à l’examen de l’année dernière ont transformé le pigeon en aigle. J’attends mon heure pour déchirer la " gueule " des deux harpies dont je sais qu’elles n’ont pas raison. Ça me ferait bien marrer qu’elles emportent, ce gros imbécile de chef dans leur chute. Je suis persuadé d’avoir raison, je le sais, même… C’est peut être dangereux de penser comme ça… Je suis juste en train d’aiguiser mon tir, je me connais suffisamment pour savoir que ça va faire mal quand j’appuierai sur la gâchette. Ma formation en socio/psycho de l’entreprise, me sert assez pour servir ma stratégie personnelle…

Je me demande si c’est l’effet des antidep’ ou simplement, ma personnalité nouvelle, ou encore ma remontée d’estime de soi que me procure ma relation avec Virginie, mais je me sens comme un mouton qui a bouffé du lion.

Loin de me déprimer, ce fait d’être mal considéré que je prends (peut être à tort, mais ça m’est égal) comme une injustice, me donne envie de coller de bons coup de pieds dans la fourmilière… J’ai changé, je mijote un moyen d’assener mon point de vue au lieu de ressasser des idées noires. Je vais sans doute flinguer mes ailes contre le mur des illusions perdus, mais sans doute pas sans faire de dégâts…

Je vous tiendrai au courant.

Au niveau professionnel toujours, ça me fait tout drôle d’avoir enfin un bureau à moi, et même des annexes dans une école et centre social… Etrange changement de perspective à moi qui n’ai toujours connu que l’espace public et collectif de ma classe de moyens. J’ai pu décorer mes espaces de photos du Vietnam, de quelques images de Camus, Malraux, Saint Exupèry, sous le verre de mon bureau… Je peux me faire un thé bouillant entre deux consultations/rééducations… Je me sens assez bien…

Dans l’école où j’interviens, je suis reçu comme dans un jeu de quilles, je dispose juste d’un espace dans une salle qui m’est normalement dévolue mais que tout le monde peut utiliser… Je tombe donc justement, dans une salle, sans chaises, sans table ou sans bureau (compliqué pour mettre en place des consultations…). Une fois, je suis même tombé (j’arrivais avec la psy !) sur une ribambelle de punis, laissé dans notre local sans surveillance… Nous qui sommes censés travailler dans un espace rassurant, c’était réussi !

Et bien entendu, tout l’affichage que nous y laissons finit régulièrement en miettes…

Passons…

Bref, la vie continue, sans trop de choses à dire, sans trop de chose à raconter… Ma vie devient ordinaire, je vais "trop mieux " sans doute… Je ne voyais pas ma vie comme ça. Je ne pensais pas tomber dans l’ordinaire. Ma vie d’avant, languide et fade avait quand même la puissance de l’extraordinaire… J’attendais finalement l’impossible, d’avoir une vie extraordinaire ; je pensais que ma psychothérapie allait m’y conduire. Je savais, sans me le représenter que j’allais tomber dans une vie simple et douce mais froide ou les feuillets de calendriers s’effeuillent sans bruit…

Et, c’est pourtant vraiment ce que je vis.

Et j’en suis étrangement satisfait.

Les temps ont changé…

Dimanche 4 février : " sevrage… "

C’est étrange comme les jours sont plus longs. En fait ce n’est pas vraiment étrange, c’est même complètement normal. Non, ce qui est étrange, c’est ce sentiment de plénitude qui me prend au crépuscule… Ces quelques minutes de soleil en plus chaque soir, me font du bien, sans que je sois capable d’en prendre conscience. C’est un peu comme si je volais deux ou trois secondes de temps au destin…

C’est bien…

Du temps, justement, j’en manque actuellement. Je suis d’ailleurs fatigué au possible, ; essoré, en plein burn-out. Je passe mon temps à courir pour mener plusieurs vies de front : celle que je vis avec Virginie, celle que je mène pour ma famille (et bien entendu, les deux vies sont clairement délimitées, sans passerelles, ni imbrications), et ma vie professionnelle à laquelle, je sais bien que je ne consacre pas vraiment suffisamment de temps… Elle m’en demanderait beaucoup et je n’en ai plus.

C’est aussi ce qui explique un peu mon absence ici. Virginie est toujours chez moi aux moments où d’habitude j’écris : cela m’empêche donc de me livrer ici. Alors que j’en ai puissamment besoin.

Je n’arrive plus vraiment à conjuguer le temps, à y faire face. Mon temps file et coule, comme jaillissant d’un sablier géant qui s’est soudain accéléré. Virginie et mes parents se partagent mon temps libre… Le reste du temps, est consacré à mon travail. Je ne lis pratiquement plus, juste quelques lignes chaque soir de " De Sang Froid " de Truman Capote. Récit prenant si il en est et qui pourtant ne parvient pas à m’arracher du sommeil qui m’emporte à la vitesse grand V chaque soir…

Donc, j’avance. Doucement, certes, mais j’avance quand même.

Je ne fais plus trop de chose… Je travaille parfois, le dimanche, deux ou trois mesure de blues sur ma guitare, mais rien de plus… Aller accompagner Déciphonie est une charge digne du bagne que j’évite une fois sur deux… Quant à Feelings, ça commence aussi à le devenir… J’ai fait le tour de mon aventure musicale. J’en suis, je crois au bout du chemin. Il est temps de refermer l’étui de la basse.

J’ai un étrange besoin de glandage, d’ahurissement et d’endormissement général et seul… Besoin d’être isolé dans mon cocon sans compte à rendre à personne, juste avec une simple envie de latence… Les quelques minutes de soleil en plus qui s’accumulent chaque soir, comme autant de cadeau Bonus, me plaisent et sont comme autant de plaisirs doux et inutiles…

Un soir donc, je tirais les volets bleus des Marinas. Un soleil doré tombait sur les arbres et en découpait chaque feuille en ombre chinoise. Le monde était beau, et j’ai ressenti une sorte de bonheur plénitude, un instant de plaisir immédiat et foudroyant. Le charme de l’instant me touchait droit au cœur, d’un coup… L’impression intense d’être pleinement heureux, violemment emporté par la grâce absolue de l’instant…

Virginie venait de partir… Mon logement m’apparaissait comme un cocon bienveillant et doux, n’appartenant qu’à moi et plein de charme. Je me suis senti bien, adulte, riche de tout ce qui me manquait jusqu’alors… Je me suis rendu compte que cette vie étrange et en transition, me convenait bien… Que doucement, mes carences affectives se comblaient, que ma sexualité autrefois défaillante était en train de se construire, que j’avais traversé le miroir sans m’en rendre compte et rogné mes ailes de Peter-Pan, et que si je n’étais pas sûr qu’il me soit facile de ne plus voler, au moins, cela se faisait naturellement, et les compensations m ‘apparaissaient après tout positives…

Etrange moment à vivre que celui où les rêves d’enfants ont tant de plomb dans l’aile qu’ils s’effacent et disparaissent… Et que tout cela devient sans importance… Je me rends compte d’un coup qu’il n’est pas si difficile de remettre les pieds sur terre, même si bien entendu, en moi, se distillent encore des rêves plein d’imaginaires et de folie… Rêve d’Inde, rêves d’Humanitaire, rêves impossibles… Mais, ils me sont aussi utiles que ma pilule quotidienne d’antidep’ : mirage fétiches et fantoches qui aident à vivre le réel.

L’apprivoiser…

Je vais mieux, c’est certain… Je demeure toujours instable et emporté par un émotionnel et un imaginaire plein d’absolu, mais globalement, je suis heureux…

C’est en tirant, le dernier volet que je me suis rendu compte de ce bonheur léger qu’enfin je frôlais… Sans doute le rayon de soleil y était il pour quelque chose… Je revois encore l’instant, je serai capable de le décrire tant mes gestes sont ancrés en moi.

Qu’est ce qui m’a fait pensé à France à ce moment là ? A France et à son fils ? Impossible de le savoir, mais le fait est que j’y ai pensé… Et que je n’en ai pas souffert… C’est déjà en un sens plutôt étrange. Mais ce qui s’est établi l’est plus encore… J’ai compté les semaines depuis mon dernier mail sans réponse… Il y en avait beaucoup, et je n’avais plus vraiment envie de relancer la machine… Plus besoin de demander l’aumône d’un contact. Du reste, je ne le faisais plus depuis longtemps, en conscience, mais là, ce sentiment était devenu réflexe, automatisme… Je n’avais plus vraiment besoin de France, et c’était maintenant intégré en moi, sans que j’aie besoin de me dire que son absence était meilleure pour moi… Je n’avais plus besoin de me forcer de ne pas la contacter, cela se faisait tout seul.

Son absence ne me pesait plus. J’étais convaincu, au fond de moi, qu’elle était même bonne pour moi !

Je me suis demandé si j’aurais aimé à nouveau sortir avec Elle, si Elle représentait toujours mon idéal féminin…

Je me suis aperçu que si la réponse était oui aux deux questions, l’ensemble des chose s’était quand même nuancé. Que je n’en étais plus justement à l’idéaliser complètement et qu’au fond de moi, se dessinait enfin l’envie d’une autre. Une fille qui ne serait pas France. Qui serait peut être comme elle, mais une autre qu’elle. J’ai eu l’intuition d’un coup d’un sevrage, de la fin d’une dépendance… J’ai compris à ce moment à que France ne me manquait plus. Qu’elle appartenait à un passé joli mais rien de plus.

Mon évolution me conduit à me rendre compte de toutes mes erreurs de boussole, me permet de constater que je n’étais pas prêt à aimer à ce moment là. Que finalement, tout ça n’était qu’une deadline. Je le regrette mais je ne peux plus rien y changer… Je ne m’inquiète plus d’Elle, j’ai compris et je suis capable d’envisager sereinement que nous sommes définitivement séparés, deux entités qui ne se retrouveront jamais… J’en avais, je crois toujours le secret espoir, au fond de moi. Le temps et la psychothérapie ont fait leur travail. J’ai fini de redouter qu’elle ne rencontre quelqu’un d’autre, qu’elle ne fasse un deuxième enfant. Et, j’ai fini aussi de devoir me raisonner pour penser comme ça. C’est devenu un réflexe, une sorte d’automatisme. Les choses se sont passées d’elles mêmes. Son absence a doucement lissé la souffrance, nivelé les maux.

Je la sens toujours aussi belle, toujours aussi idéale, mais plus pour moi. Je la trouve salie par son passé, sa dévotion à A…, par aussi tout ce qu’elle m’a fait subir et qu’étrangement j’avais dépassé à l’époque. Je la trouve ternie par sa petite vie moyenne. Sa vie n’est pas intense, elle est glaciale et vide au point d’avoir son enfant comme ultime réconfort. Cette vie minuscule que j’idéalisais auparavant et qui aujourd’hui me dépasse complètement…

Je suis devenu un autre homme et si je hais toujours ma personnalité si je déteste mon physique, j’aime un peu l’homme que je suis, sa destinée, ses envies. J’aime mon idéal sur la vie, mes envies d’ailleurs, mes besoins d’espace. J’aime ma maison peuplées d’objets du monde… J’aime ce que je représente, même si je hais ce que je suis… Etrange point de vue sur lui même d’un homme au carrefour de sa vie, contemplant à la verticale ses errances.

Légers regards sur un passé calciné qui ne me brûle plus…

Le travail de deuil s’est sans doute fait en profondeur.

Même là finalement, je me singularise et m’affirme. Je sentais aussi ce changement latent au cours des derniers mois, c’est maintenant un fait…

Virginie a sans doute été l’ultime remède. J’ai pourtant toujours un peu de tendresse pour France, Elle est toujours un peu importante pour moi. Mais sa vie est maintenant éloignée de la mienne et je n'envisage plus, même à très long terme de passerelles. J’avoue concevoir un peu de mépris pour sa vie avec cet imbécile de A... Etrangement, je ne crois pas valoir plus que lui, mais en même temps, le peu d’estime de moi que j’ai grapillé récemment me conduit à ne plus me mépriser, et finalement à admettre le choix de France comme un choix de vie. Cela ne me rend plus triste qu’elle ai choisi cette vie étriquée. Je conçois au fond de moi un vague " tant pis pour elle " : Virginie est bien capable de m’aimer, elle…

J’ai un peu l’impression de ne plus être ce fantôme noir et sans attraits, je suis devenu un autre. Et si France a préféré une histoire de vide et de devoir à l’aventure de glace et de feu, je me dis que c’est un choix qu’elle a fait en conscience. Même si j’ai changé et que je m’affirme, j’avais déjà au fond de moi, les signes de l’existence que j’ai maintenant, et qu’une autre apprécie.

Certes, il reste que l’Axel que France a connu était juste une esquisse de celui qu’il est maintenant et il faut bien admettre que je n’étais pas prêt à l’aimer. Comme le disait le petit prince, j’étais trop jeune pour savoir l’aimer… Mon âge moral n’était pas mon âge réel. Finalement, nous n’avons pas su nous envoler parce que j’étais encore un Peter Pan… Ce Peter Pan que je suis d’ailleurs toujours un peu.

Je suis trop bouddhiste pour regretter. Je sais bien que le temps fait son œuvre et change les choses. Qu’on ne peut juger son passé qu’à la lumière que de ce qu’on est devenu…

J’ai moi même trop changé pour l’ignorer.

Le dernier volet s’est refermé… Mon séjour est sombre ; je fais jaillir la lumière de la suspension " Bullit " et une auréole chaude illumine le parquet… Mon intérieur glacé et net s’étale entre Steve Mac Queen et Hemingway. Je me sens un autre. Au loin, ma malette de Test Psy, revêtu de son inscription "KABC " témoigne de mon changement de position, comme autant de marques que non seulement j’ai largué mes amarres mais aussi déjà trouvé une nouvelle terre…

Je me sens diffèrent, étrangement diffèrent…

Ni tout à fait le même, ni totalement un autre…

Je deviens moi.

C’est tout…

Lundi 5 mars : Quelques jours de vacances.

J’ai quelques jours de vacances et mes envies d’écrire reviennent en force. Sans doute aussi parce que j’en ai la possibilité. Le soleil revient par taches colorées et puissantes. Prémices d’un printemps qui fera du bien. Printemps que je vivrai différemment des autres ; parce que je suis devenus un autre.

Mes envies d’Indes se structurent et s’organisent… Je commence à envisager une autre parenthèse, un autre soleil. Je calcule, j’envisage. Les choses se mettent doucement sur rails. La suite s’installe au prochain numéro. Je me sens un peu comme l’année dernière quand sous le froid de décembre, j’envisageais comme un réconfort le soleil des tropiques. Sauf que là, je n’ai plus besoin de réconfort. J’ai juste une envie d’aventure.

J’imagine que c’est juste une piqûre de rappel. Les effets d’un étrange virus contracté au Vietnam : celui de cette aventure, même encadrée. Besoin de moustiquaire 5/5 et de cachets de Micropur, de douches à l’aide d’eau de pluie puisée à l’écope dans un baril… Besoin d’ailleurs, besoin d’aller vers ces autres couleurs, ces peaux généreusement cuivrée, ces sourires francs… Besoin de vivre cette aventure en étant bien, en ne connaissant plus cette once de souffrance qui me collait à la peau avant, même à Hanoï. Envie de jouïr là-bas du fait d’être mieux, même si ce n’est que l’effet de l’antidep’…

L’antidep’… Bonheur intravein’ doucement réussi. Moi qui vivais comme une boule de flipper hérissée de lames de rasoirs qui traversait la vie à 200 à l’heure, je me sens toujours étonné de m’extasier devant un simple rayon de soleil, quelques minutes de soleil en plus, le plaisir de regarder un DVD… Je suis toujours surpris de me sentir heureux…

Contre coup : des choses qui me paraissaient sans couleurs avant me deviennent insupportable ; c’est le problème de sortir du brouillard. Tout ce qui me semblait " gris " se résume maintenant à du blanc et du noir… Si j’ai beaucoup de plaisir à jouer de la basse sur des musiques Tamla Motown avec un accompagnement sur mon PC (ma dernière folie : Guitar Pro), je m’emmerde résolument à Déciphonie et même Feelings… Ras le bol de ces titres ennuyeux, ces mélodies convenues, la douce classitude marginale et emmerdante du chant choral… Besoin d’autre chose. Il est temps de tirer le rideau…

Le problème et malheureusement le même avec les gens… Certains m’emmerdent au plus haut point et je ne parviens plus à donner le change. Moi qui étais connu pour aimer tout le monde tant je me détestais, me voilà à m’énerver contre des cons qui n‘ont même pas le mérite d’être silencieux mais deviennent insupportables…

De l’inédit.

Bref, à une répétition de Feelings pour préparer le mariage de Julie, on me demande de jouer une chanson d’amour guimauve. Je refuse et coupe le Trace Eliott… Pas de " j’envoie valser " à la basse. Non pas que je n’aime pas Zazie, le problème n’est pas là. Mais la basse n’apporte absolument rien à cette valse ; voilà tout.

Le claquement de l’ampli qu’on coupe résonne comme un coup de feu. Le chef négocie. " Niet. " Je ne le rallumerai pas. J’ai déjà boycotté Brassens. Lors d’un vote : les choriste étaient à 50/50 ; j’ai fait basculer le vote. Elle a eu beau m’expliquer que c’est un grand du public intello ; il m’emmerde toujours. Je n‘ai pas raison, et je le sais. Mais je m’en fous…

Un peu plus tard, toujours pour le mariage de Julie, on me demande de jouer " là où je t’emmènerai " de Pagny. Le Top. Moi j’aurais uniquement accepté de jouer " je trace ! " (surtout pour un mariage !) et encore. Là je m’étonne : " qu’est ce que c’est que cette merde ?" On m’explique : le fiancé de Julie adore cette chanson… Ben tiens : je ne supporte pas ce type : chasseur, pêcheur, maîtrise d’histoire chiant comme la mort, passionné de Pastis et heureux de se bourrer la gueule, mentalité " m’as tu vu ? ". Je fais quand même un effort en posant de ou trois " pops " et deux " boum boum " de basse…

Arrangement téléphoné largement suffisant pour ce " grand classique "…

Quand les choristes arrivent enfin, j’en ai déjà raz le bol. La chorégraphe ne peut pas m’encadrer. C’est réciproque. Elle hait la basse. Elle m’a un jour demandé de la baisser alors que je ne m’entendais même plus jouer.

Marrant.

Je m’accorde, elle me dit que la basse joue trop fort ! Je joue une note sur le fameux Pagny sur lequel elle met en place la choré ; elle m’affirme à nouveau que c’est trop fort. Je ne joue plus du coup, j’écoute le mix des deux guitares et du piano. Elle revient et me demande de baisser la basse qui joue beaucoup trop fort ! (mon silence devait être trop poussé, sans doute !) Je coupe alors le son, fait semblant de jouer pendant 15 mn, puis attrape un Ric Hochet qui traîne dans la salle de répét’… " Panique à Porquerolle. "

Quand on arrive au Brassens. Je fous tranquillement le camps.

Je ferme doucement la porte sans la claquer.

Le bruit résonne pourtant dans la tête de la chef qui m’appelle le soir. Tranquillement, je regarde le portable vibrer avec un éclat bleu…

Je m’en amuse et ne réponds pas…

Au niveau professionnel, c’est un peu pareil. Le " chef " veut réorganiser le service et le " faire bosser "… Moi, je m’en fous un peu. Je travaille. Je passe mon temps en consultation, bilan, rééducation, tests, dans les centres sociaux et les écoles, je vois mal ce que je peux faire de plus. J’ai une amélioration importante sur environ 70 % de mes dossiers, c’est déjà pas mal… Je reçois pourtant régulièrement ses notes de service assassines sur internet (ça arrive carrément chez nous !) : mail empoisonné toujours sympa à ouvrir. J’en ai ouvert un à 23 h 00, un soir, je n’ai pas su m’endormir du coup avant 4 h du mat’.

Bref, on passe pour un service de fainéants. C’est un peu vrai du reste : pas mal de collègues ne foutent pas grand chose. Moi, je cours comme un abruti, mais finalement, comme j’aime beaucoup ce travail, j’en retire pas mal de plaisir. Pourtant les engueulades, les notes de service et les menaces sont collectives et on les prend tous en pleine gueule sans savoir à qui elles sont adressées.

Je ne me suis jamais laissé faire. En fait, c’est étrange, mais je n’ai jamais eu peur de la hiérarchie. Je ne sais pas pourquoi. Même quand j’étais instit’, j’étais déjà comme ça. Près à monter au front, ce que j’ai d’ailleurs souvent fait, sans aucune inquiétude. Alors maintenant ! ! !

Mais les punitions collectives m’énervent et me touchent quand même… Va savoir si je ne suis pas coupable à leurs yeux. Je me sens incompris. Etrangement, ce sont les gens avec qui je travaille qui me défendent lorsque le " chef " enquête sur mon efficacité et mes présences et absences… Les collègues des écoles et institutions où je travaille viennent eux même m’en parler. L’autre se ridiculise tout seul ! Marrant !

Bref, je suis finalement facilement apprécié des autres dans mon travail, le principal problème de ma communication à moi demeurant les relations sociales (j’y reviendrai). Quand à l’autre banane, outre que je lui claque ma façon de penser, parfois enrobée d’une ironie douce amère, il ne me fait absolument pas peur, et j’envisage sereinement, et sans souci un transfert vers un autre Centre loin de sa connerie hiérarchique. La peur du changement ne me tyrannise plus…

J’ai dû grandir… Le problème principal est que je commence à voir des chapeaux là où les enfants dessinent des éléphants dans des boas… Mais il m’a bien fallu grandir…

Il n’y avait pas d’autres solutions.

Allez savoir si c’est le bien ou le mal qui est fait…

Lundi 12 Mars : " Dingues fringues "

Nouvelles transformation étrange chez moi. Pas vraiment étrange au fond. Disons plutôt imprévisible.

Je marchais dans une galerie marchande pour aller acheter un journal quand mes yeux se sont posés sur des fringues… Ce n’est pas trop mon truc les fringues (euphémisme). Cela fait plusieurs mois que j’écris que je ne suis pas satisfait de mon look, sans trop savoir comment le reconsidérer… Je me plains, je râle, je rend responsable ma gueule de niais (qui n’y est, soyons réalistes, quand même, pas pour rien) ; et je me désespère…

Mon look, je n’ai jamais trop su le choisir. J’ai souvent tenté de le calquer sur celui des personnages de légende qui peuplent mon cinéma : James Dean dans la Fureur de vivre, Delon dans le Samouraï, Steve Mac Queen dans Bullit… La plupart du temps, la quête qui s’ensuivait était vaine : comment retrouver l’allure, même simplement générale d’un homme du passé, d’une ombre de celluloïd et de Kodachrome ?

Bref, impossible de retrouver le négligé époustouflant de Steve Mac Queen, le pull en Shettland négligemment jeté sur la chemise de popeline blanche… D’ailleurs, même si il était moyen d’approcher ce cliché, je n’en avais pas les clés : je ne savais pas où acheter quoi… Traînant dans des magasins grand public aux accents utilitaires. Le monde de la séduction m’était interdit. Mon but était simplement de me vêtir, séduire, c’était autre chose. Acheter des vêtements pour séduire, c’était vaguement condamnable, un rien interdit au fond…

Et là, finalement, j’ai été rattrapé du fond de moi. Tout surpris d’entendre une parole surgir de mon inconscient : " mais cette chemise est sympa ! " Je n’avais même pas eu conscience d’avoir regardé dans le magasin de fringues, mais j’avais reçu l’information, comme le résultat d’une opération mathématiques qui s’impose de lui même… Bien entendu, j’étais préparé à ça. Par des myriades d’interrogations que je me posais, par mes intenses discussions avec Virginie sur le look. Par cette recherche constante que j’ai en moi d’améliorer mon aspect.

Et là, finalement, les choses s’imposaient toutes seules…

Sans histoires…

Je change sans histoire. Ma vie s’étale en couleur pastelles. Elle ne me convient pas vraiment, mais au moins elle ne me heurte plus. La guérison m’a amené cette normalité sans intérêt qu’il devient inutile de raconter…

J’ai l’impression de ne pas être au bout de quelque chose mais d’être sur le chemin de la réussite. Mais j’ai aussi l’intuition d’un énorme manque d’intérêt. De l’inutilité massive de raconter ces choses là…

Je devient tristement banal et normal. Et je n’aurais jamais cru que j’aurais pu y trouver le moindre intérêt. Mais la réalité est là. L’envie de changer me pousse en avant et modifie les choses que je prenais à l’envers. mes imaginaires images d’aventurier s’effacent. Mes chaussures montantes ont été reléguées aux oubliettes, larguées, plaquées sans regrets sur l’autel des baskets. Remplacées par des " pumas " filiformes et intégralement noires satinées. Mes chemises sont moins uniformes, relayées par de larges tee shirts. Mes jeans eux mêmes ont déteints… Ce tissus que je ne pouvais accepter que dans la mesure où il était noir, commence à se délaver. Le bleu se décline en Basic et en Stone… Doucement, mon aspect change… Je disparais doucement, pour renaître autrement… Peut être qu’enfin les changements internes commencent à se manifester à l’extérieur. Je commence à non pas me créer une autre image, mais simplement d’avoir enfin l’aspect de celui que je suis devenu.

Je ne m’identifie plus aux héros de cinéma, aux personnalités de grand déchirés des pellicules sépia… Je commence à chercher les images qui me sont accessible, de me modeler comme n’importe quel " homme grand public "… En pumas et jeans Stone washed, et non plus éternellement en noir… Je décline mes idéaux d’homme normal en accessoire : lunettes opaques, branches métal… Mon onde glisse en envie moins ostencibles… Wittner les dit plus authentiques : il a sans doute raison. Plus envie d’une 206 orange, mais envie d’un charme brittish, de gris doré, de vert profond… Plus envie de look racing, mais envie de confort doux, chaleureux… Quelque part, la vie me rattrape, elle m’embourgeoise aussi violemment, mais les choix se télescopent parfois… Il faut simplement parfois accepter de se chercher. Je sens bien que je ne me suis pas trouvé, que je suis toujours en recherche de look, mais enfin, je me sens sur la route…

Après tout le bonheur est sans doute à ce prix.

Mercredi 25 avril 2005 : Manuel à l’usage d’Emmanuelle…

Rentré du ski. Presque comme d’hab… Une semaine de surf. Quelque chose qui devient banal et très coûteux. Je sens doucement que je suis au bout de quelque chose, que je n’ai plus vraiment cette envie. Cela fait des années que je fonctionne à l’habitude, mais maintenant, je n’ai plus envie d’habitudes. Je prends conscience…

Je traîne dans cette institution sans attraits pour moi. Tout est conçu pour la famille. Ça ne me heurte plus, comme avant, mais cela m’est inutile… Je prends un méchant coup de vieux houellebecquien en remarquant que les lolitas, ventre à l’air, ne me remarquent même plus et se tournent vers le charmes d’ados abordables… Il est loin le temps où je faisais se retourner les filles… Mêmes les vieilleries de mon âge sont furieusement inabordables, le nez enfoncé dans leurs assiettes… Au fond, je m’en fous. Le fil à la patte de mon portable m’apporte sans arrêts des nouvelles de Virginie et m’aide à rester dans le droit chemin. Du reste le " tortueux chemin " m’est interdit depuis des années, je ne vois pas pourquoi ça changerait…

Je ne vais plus aux animations " sociales ". Je les trouve bien trop beaufs. Et même les endroits où parfois je brillais comme un strass sans éclats ne m’attirent plus. Je boycotte sans états d’âme le karaoké. Je file à ma chambre, me place le lecteur MP3 sur les oreilles et un livre dans les mains, et je chavire doucement vers une soirée solitaire et appréciée. J’ai la même chambre que l’année dernière. Avec la même délicieuse maman-célibataire (qui ressemble un peu à France) et ses deux enfants. Elle m’a gratifié de deux bonsoir glacials qui m’ont ôté toute illusion.

Au fond, ça n’a aucune importance. 

Pour la première fois depuis que je pars en avril, la neige s’est fait la malle. Et tous les matins, nous prenons le bus pour rejoindre d’autres massifs : Argentière et ses Grands Montets, Flaine et son Grand Massif, Avoriaz qui nous ouvre les portes du soleil. Dans le bus collectif qui m’amène à Avoriaz, je suis seul et je regarde le paysage défiler. Comme au fond du Vietnam, je m’évade en solitaire à coup de MP3. Lennon m’entraîne, just like starting over. Fanny que je supporte de moins en moins, se trouve au premier rang, depuis qu’elle s’est copieusement gerbée dessus en dégueulant dans un sac troué… Du coup, grands seigneurs et de craintes d’être éclaboussés, surtout, les gens lui cèdent la place de l’avant.

Et moi, je savoure enfin ma tranquillité. Moi qui apprécie la solitude, on aura tout vu ! Autour de moi, des ados en combi chahutent et les paires de baffes se perdent. Une gourde comme Fanny, perd un bâton qui roule sous les sièges… Emmanuelle, ma jolie voisine " de chambre " , (je suis à la A 205, elle est à la A 206), parle avec gentillesse à son petit garçon et le tartine de crème solaire… J’aime bien la manière dont elle réveille son enfants. Je l’entends, tous les matins les éveiller avec une voix chantante et pleine de soleil. Ça me donne la pêche moi qui suis pourtant de mon côté entortillé sous les draps avec une intense envie de continuer à dormir… J’aime bien entendre des parents sympas avec leurs enfants. Ça me change de mon travail où la violence et l’indiffèrence dominent parfois. (pas toujours pourtant !)

Des gens discutent " diesel " derrière moi. Ça parle de " plein ", d’autonomie, de réservoir... Ils importent des polluantes particules, jusque dans les conversations au sein ce décor pourtant virginal… Moi, je me laisse emporter par le paysage et Lennon, et j’imagine un jealous guy.

Là journée est belle… Je fonce sur mon surf ; la glisse me donne toujours autant de sensation. J’aime beaucoup ce plaisir intense. Cette sensation de planer, de voler parfois… Cette idée d’être d’ailleurs. Les sensations me portent et m’emportent. J’aime ce sport, j’aime ces montagnes, j’aime cette vie : ça me change.

Le soir, rentré, Virginie m’appelle. Je retrouve sa présence apaisante. Sa petite voix, ses mots d’amour. Je traîne dans le parc de la résidence, longe l’Arve qui passe au bout du parc avec un bruit de torrent. Mes pumas noirs et mon jean " basic stones used " se détachent sur la caillasse blanche de la rive… Mes vieilles ray bans filtrent les rayons solaires… Personne ne me remarque plus, je ne suis plus le " bel homme " que je rêvais d’être… Les flots d’adolescentes et de jeunes mamans fraient dans l’allée sans m’accorder un regard, mais cela mais égal. Je me sens juste enfin un homme, plus vrai sans doute, et ça, c’est l’essentiel.

Les jours se succèdent. Bien que j’aie de plus en plus de mal à gérer mon fric, je m’offre un surf, dans les derniers jours, tant j’ai souffert sur l’épaisse planche à découper qu’on m’a loué cette année ! Je commence à céder aux achats plaisir : on a vraiment flingué la fourmi qui était en moi… Plus envie d’être retenu dans mes envies de vitesse…

Et puis, vient le dernier vendredi. Nous, nous restons le week-end en plus pour faire l’ascension de deux sommets locaux. Les autres gens font leurs bagages. Demain, nous skierons encore le matin avant de rejoindre Didier et Isabelle pour une après midi de rando à l’assaut d’une cascade haut perchée.

Nous rentrons épuisés de Flaine. Fanny traîne dans sa chambre, je rejoins Isabelle et Didier sur l’énorme terrasse qui longe nos chambres et se transformes en un énorme patio privatif… Je m’abats, sur un fauteuil de jardin. Isabelle parle de travail, je m’engourdis dans une forme de sommeil. Le soleil du soir cuivre un peu plus ma peau. Je m’aime bronzé, même si au fond, je ne cherche plus vraiment la séduction. Ma relation pseudo-amoureuse et sensuelle avec Virginie me suffisant amplement… Je me sens cool. Tranquillement installé dans ma vie. Je sens bien que rien n’y est construit et si cette construction me fait peur et si je la fuis tant elle est prématurée, je sais bien et je ressens certains manques. Ils n’ont pas assez d’importance pour briser ce sentiment de sérénité qui me prend. Même si il ne s’agit pas de plénitude, c’est largement aussi agréable : la plénitude est une rivière tranquille, qui ne laisse pas de place à l’aventure, ni au bruit des torrents…

Je sors un peu de mon demi-sommeil quand Isabelle, ménageant son suspense, me dit : " au fait, tu vas m’en vouloir ! ". Je suis bien incapable d’en vouloir à qui que ce soit. Je me sens ici comme de passage, comme en ascèse, ne redoutant, ni le retour, ni n’ayant envie de rentrer… Je suis dans une totale acceptation… Une agréable acceptation… Ma vie va plus vite, ma vie me plaît plus…

Je lève quand même un œil discret… Isabelle sourit : " je t’ai fait louper une occasion ! " Personne ici, ne connaît ma relation avec Virginie. Normal donc qu’Isabelle puisse parler ainsi. Didier sourit : " une jolie occasion ! " J’apprends ainsi que Lui et Isabelle ont offert aux gens qui randonnaient avec eux une synthèse sur nos situations maritales : le plus souvent, les gens se trompent. Comme je surfe avec Fanny et que Didier passe ses journées de randonnée avec Isabelle, on nous prend pour deux couples amis. Fanny et moi, sommes peu à l’institution qui n’organise que des randos et promenades en raquettes et du ski alpin. Nous, en surf, jouons radicalement, les francs tireurs. Ce qui rajoute au mystère.

Ce midi là, donc, assis contre le mur d’un refuge, Isabelle et Didier exposent la situation : un seul couple, et deux célibataires… Et là, ma jolie voisine répond : " Ah, et je n’apprends ça que maintenant ! Je croyais que c’était ton copain ! " dit elle à Isabelle ; et sur un ton de reproche, regrette que celle-ci ne le lui ait pas dit avant. Isabelle s’excuse en plaisantant… Le guide de la rando en rigole… Emmanuelle se fait boudeuse : "il ne me reste que ce soir pour " le brancher ! ".

Didier explose de rire avec un sourire en coin qui en dit long. Je me sens vaguement flatté, et gêné aussi. Un peu comme un ado, ravi que la séduction ait marché sans du tout avoir la moindre envie d’aller plus loin… Encore que, basiquement, l’idée d’une nuit dans les bras d’Emmanuelle ne serait pas pour me déplaire. J’affiche un air distant… Pour Isabelle, " les carottes sont cuites ", elle m’a " fait perdre " l’occasion… Pour Didier et Fanny en revanche, rien n’est moins sûr… Fanny surgie de n’importe où, mais ayant visiblement entendu, me conseille de " venir à la soirée dansante de ce soir "… Parce que " la dernière nuit pourrait être belle ". Pour excitante qu’elle soit cette perspective m’effraie… Je sais pourtant maintenant pouvoir compter un peu plus sur mes compétences sexuelles : Camille et surtout Virginie ayant balayé tous mes doutes en la matière ! Cette crainte latente n’est donc pas lié à ma " supposée défaillante virilité " comme avant, mais bien à autre chose…

Ces quelques phrases suffisent à faire galoper mon imagination à toute allure… Cette perspective, même si elle est pourtant bien prématurée, me touche un peu. Je ne peux pourtant pas dire que je n’ai pas pensé à la possibilité d’une aventure ici, puisque j’ai glissé dans mon sac, à tout hasard, quelques préservatifs… Pourtant, déjà, une forme de fidèlité à Virginie, me décide et m’entraîne… Je compare le poids de mon imaginaire (les préservatifs glissés dans mon sac et le fantasme de la jolie fille ouverte et peu regardante rencontrée pour une seule nuit), et la réalité qui dépasse ma fiction et m’amène d’un coup à ne pas les utiliser, par fidélité tout simplement, à une Virginie qui pourtant, vu notre relation peu serrée (mais suivie), ne " pourrait (selon elle) me reprocher un écart vu qu’elle n’est pas systèmatiquement disponible pour moi."

Sous la douche, je regarde mon bide de manière diffèrente. Mon corps me donne une véritable envie de vomir : l’eau ruisselle sur mes jambes durcies et dessinée. Travaillées et sculptées par quelques jours de surf, et surtout des années de moulinage VTT, sport que je reprends de manière de plus en plus assidue. Mais mon ventre flasque, où commence à se dessiner un début de promontoire bientôt disgracieux, et les douces poignées qui envahissent mes hanches me dégouttent. Quand à mes bras, mes épaules, tout est flasque, moche, vide, blanc… Je ne ressens rien d’érotique dans cette enveloppe de bientôt quadra… Pauvre Emmanuelle, elle serait bien déçue, si elle savait… Comme Camille qui imaginait mon corps comme " aussi séduisant " que tout le reste… Ce qu’il n’était pas…

Les souvenirs me reviennent, vieux d’une année déjà, comme Emmanuelle m’avait abordé dans le hall, quand elle était à la recherche de son petit garçon qui portait une polaire claire… Maman isolée que j’avais trouvée pleine de charme. Et de cette année aussi, ce croisement, glacial, un matin, à la porte de nos chambres : elle, en été qui partait en rando au soleil, dans la vallée, moi en habits de ski, qui partait vers les sommets enneigés. Comment aurais-je pu deviner au ton glacial qu’elle avait employé et à son regard fuyant, qu’elle éprouvait cette soi disant attirance pour moi ?

Je me souviens aussi de ce moment où mes yeux étaient tombés sur elle, malgré moi, dans la salle à manger le l’institution… Mon regards qui se perdait et s’échouait parfois dans ces moments d’ennui, finissait souvent sur le visage d’une jolie fille, ou femme… Elle avait croisé mon regard et l’avait détourné violemment, gênée. Le contact coupé m’avait montré qu’il était vain d’imaginer quoique ce soit…

Finalement, je m’étais sans doute trompé…

Mon tee-shirt vietnamien passé sur ma peau nettoyée cache par son ampleur, la misère d’un corps juste un peu trop gros… Pourtant, je mange peu, je fais du sport, mais le médicament avec lequel je me " dope " tous les matins, fait grossir. Et contre ça, je ne peux rien…

Le repas est calme… Je ne pense plus trop à Emmanuelle… Je me dis que de toutes façons, tout cela est bien léger, que ma nullité est en moi. Et qu’à la première conversation avec moi, mon empèsement, ma timidité de gros bêta, m’auraient démoli en moins de temps qu’il ne faut pour le dire… Quoiqu’elle dise, il y a de toutes façons bien loin d’ici au lit de la belle… Et mon incompétence dans les relations sociales suffirait à tout démolir…

De tout cela finalement, rien ne me gêne. J’en reste au plaisir de l’illusion, celle du " j’aurais pu ", celle plus tendancieuse du " il aurait pu ", qui s’imprime sans doute aussi dans la tête de Fanny, Didier et Isabelle. Je reste un drôle de type, près finalement, à ne pas coucher avec Emmanuelle mais ravi de l’épingler comme une conquête, un succès d’estime…

Le soir nos G.O. nous proposent une version remixée du Roi soleil. Moi qui ne suis ni pour les beaufs G.O, ni adorant (euphémisme), les comédies musicales, ne suis pas certains de m’y rendre… La " possibilité d’une île ", ajoutée à un album de Coldplay, m’attirerait tout autant. Nous nous y rendons pourtant, juste pour entrevoir techniquement, comment les G.O. ont pu monter cela. Le résultat, mi-théâtre de boulevard, mi-collaro/les nuls, est lamentable, comme on s’en doute. Le play back est complet, et certains G.O ne se donnent même pas la peine de le tenir… Mazarin a un accent du 93 à couper au couteau et Louis XIV a tout de Patrick Sébastien…

Mais Emmanuelle a surgit devant nous. Elle est très fraîche et jolie. Un large chemisier léger et rayé de rose et d’orange recouvre doucement son jean… Ses cheveux courts balaient une nuque blanche et attirante. Elle prend une chaise pour se poser devant nous et me gratifie d’un large sourire… Qui en fait surgir un autre, dès qu’elle se retourne, sur les visages d’Isabelle et de Didier… Leur histoire se trouve authentifiée d’un coup.

Je ne sais pas ce qui se passe en moi, ce mélange de plaisir et de flatterie. Cette envie, sans doute, de coucher avec Emmanuelle, après deux ou trois salades. De découvrir son corps voilé derrière ce chemisier, de faire surgir ses gémissements… Et en même temps, une forme de non désir, une envie d’autre chose, comme si ce plaisir net et brut, m’échappait déjà, comme si il m’était inutile, comme si j’y avais déjà accès, avec Virginie, sans besoin de plus. Comme si je n’avais pas envie de collectionner… Comme si j’avais besoin de non mensonge, de respecter Virginie… Comme si le simple plaisir de la séduction me suffisait, sans la moindre envie de passage à l’acte.

Le fait est évident, s’impose drastiquement à moi : je n’ai pas besoin de passage à l’acte. Pas envie non plus. Emmanuelle vient trop tard. J’avais besoin de ça, j’en avais envie, mais avant. Cette relation sexuelle et sensuelle sans avenir et sans histoire je l’avais longtemps attendue, mais avant Virginie… Là, c’est trop douloureux de faire mal à Virginie, de lui mentir, de ne pas la respecter… C’est tout simplement inenvisageable, quel que soit l’attrait du corps d’Emmanuelle…

Finalement, il n’y a pas de prolongation : à la fin du roi soleil, Emmanuelle va coucher ses enfants pour pouvoir être tranquille pour la soirée dansante. Je rentre dans ma chambre pour rejoindre Houellebecq et Coldplay.

J’apprendrai demain qu’Emmanuelle me cherchera, viendra demander à Didier où je suis… Didier gêné répondra que je suis parti dans ma chambre… Emmanuelle ira se coucher, apparemment un peu triste. Fanny déplorera ma fuite, mon manque d’envie " de conclure "… Isabelle haussera les épaules… A ce moment là sans doute, j’écrirai un sms à Virginie.

Le lendemain, je croiserai Emmanuelle, concernée par son départ, le nez dans le guidon, accaparée par ses enfants, sans doute humilié par ma fuite, elle ne répondra pas à mon sourire. Ni à mon " Bonjour ! " qui se voudrait aussi doux que ceux qu’elle donnait à ses enfants le matin…

Elle ne répondra pas à mon signal " d’estime ". Et,je ne l’aurai pas volé…

Pourtant, je l’emporterai avec moi, dans mes rêves, dans mes deux journées de montagne qui resteront, elle sera un peu là… En rentrant vers N… en suivant les panneaux Paris, je penserai longtemps à la jolie institutrice de Cergy Pontoise, qui m’offrait, Dieu sait quoi ? L’amour, une nuit de plaisir, une envie de reconstruire sa vie ?

Je n’en saurai jamais rien…

Je suivrai des yeux un Avantime qui nous doublera en suivant la direction Nancy Metz, en me blottissant dans mes rêves d’éternel adolescent qui ne veut pas se mettre en danger ni vieillir… Je saurai déjà qu’Emmanuelle restera en partie en moi, tant elle m’a donné sans rien me donner, tant elle m’a permis de grandir et de sauver mon estime de moi, sans que moi, salopard égoïste, je ne lui donne rien…

 
 
 
 
 
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