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CARNETS DE ROUTE

"Middle of the Country"

du 22 juillet au 24 juillet 2006

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Samedi 21: "Bicycle ride..."

- (Da Nang / sixième jour au Vietnam.)

Je me suis endormi en lisant "le petit Prince"... Est ce pour ça que j'ai rêvé de France ? Le rêve était beau, et j'ai un peu de mal à sortir de cette demi torpeur. Pas d'envie. Pour une fois qu'un rêve de France me laisse une sensation plutôt agréable. J'aimerais bien me souvenir d'autre chose que de deux ou trois images. J'aimerais bien ne pas perdre ce rêve, ne pas perdre mes rêves tout court, parce que je ne m'en souviens jamais.

Il paraît que c'est parce que je ne leur consacre pas assez d'attention, de temps. Là, justement, le temps, je ne l'ai pas. Jean Michel Ferry a barricadé le compartiment hier soir, et là, à 5 h 30, dans mon demi-sommeil, j'entends qu'on tambourine à la porte... Je sens bien qu'il faut faire quelque chose, mais quoi ?

Je suis pieds nus, en haut sur ma couchette et la cabine est dans le noir le plus profond...

Finalement c'est Jean Michel Ferry qui nous sort de l'embarras en ouvrant à un employé des trains vietnamiens qui nous apporte le petit déjeuner. J'aime la politesse et la courtoisie de ces gens. Dans le train de Saïgon, à Dany Wilde qui demandait ce qu'il y avait dans le plateau repas, l'employé vietnamien avait répondu confus de ne pas comprendre, et très gentiment qu'il ne fallait rien payer que c'était compris dans le billet du train.

Ils nous respectent beaucoup trop... J'aime ce peuple à l'humilité placide.

Mais pour l'heure, je balancerais bien un de mes lourds brodequins à celui qui nous a réveillé... Le petit déjeuner est sans doute un très bon plat de nouilles, mais je préfère me replonger dans le délice du sommeil. Jean Michel Ferry mangera le petit déj' et nous le décrira plus tard comme succulent mais ça n'en vaut pas pour moi le sacrifice.

Quand je m'éveille, le soleil envahit déjà les fenêtres derrière les rideaux... Le paysage du centre vietnam défile déjà... Des rizières, encore des rizières... "Cette fois-ci, on y est !!" : me dit Jean Michel. C'est vrai l'aventure commencerait à priori ici.

On quitte le train aujourd'hui pour prendre les vélos.

Je reste un instant planté sur ma couchette sans bouger en traînant dans mon demi sommeil... Moment de latence que j'aime vivre chez moi autour d'un bol de café au lait chaud... Ici, c'est juste sur ma couchette là haut...

Quand le train arrive en gare, l'agitation est à son comble, avec sa ribambelle de sacs, notre convoi d'européens a dû mal à s'extraire des petis compartiments et des petites coursives.

Nous voilà sur un énième quai de gare, entourés déjà de la chaleur matinale et de l'agitation du vietnam. Et finalement on en a déjà l'habitude. Pourtant, elle est agréable et positive cette vie là... Notre longue chenille se met en marche, elle traverse les voies, (ici il n'y a pas de passerelles ni de souterrains). Les petites marchandes vendent des fruits, les employés de la gare trainent vaguement sur le quai, des vietnamiennes industrieuses foncent dans leur petite vie de travail... Rapides fourmis sous leurs chapeaux coniques.

J'aime ce pays.

Avec nos cheveux plus ou moins décoiffés, nos barbes naissantes, nos sacs à dos et nos chemises en toiles ou nos Tee Shirts défraichis par la nuit, nous faisons sans doute beaucoup plus aventuriers que n'importe lequel des touristes qui traversent le vietnam en bus climatisé et avion. C'est vrai qu'encore une fois, je me dis "qu'il y a de l'image"...

Nous prenons un copieux petit déjeuner, puis partons en minibus chercher nos montures. En effet, nous allons visiter Da Nang puis à Hoi An à vélo !!!

Je craignais de me retrouver affublé d'un "char", mais non : mon vélo à l'allure d'un VTT français au cadre surdimensionné. Les gros pneus crantés me rassurent. Pas de vitesses : un pignon fixe, mais en même temps, je ne suis pas censé passer le "col des nuages". ça devrait aller. Sa couleur bleu pétrole et son anonymat relatif ne lui donnent pas l'allure d'une machine de rêve et surtout le panier en fer, accroché à l'avant est loin de lui ajouter un look sportif, mais après tout, il n'est pas prévu de performances...

Johann, le fils de Ferry, se retrouve locataire d'une machine orange métal du plus bel effet, au look VTT "tout" suspendu... L'ensemble est joli à faire craquer un coureur du tour de France, surtout avec les lettres chinoises dorées qui définissent sa marque... Malheureusement pour lui, l'ensemble est en acier très lourd... Les performances ne seront pas à la hauteur de l'engin.

La visite de Da Nang se passe bien. Mais finalement, je ne suis pas tranquille : on passe son temps à descendre de vélo, et je n'ai pas trop envie qu'on me le pique quand on le laisse sans surveillance. Habitude inutile d'occidental : il ne se passera rien.

Au moment d'entamer la rando de 50 km pour rejoindre Hoi An, un putch se montent... Les suisses Michaël et Ludivine n'ont pas envie d'y aller. Il était prévu que Paul et Odile fassent le trajet en Minibus alors ils demandent à s'y joindre... Et du coup, sucitent une vraie théorie des dominos : les Diddls souhaient faire du shopping donc arriver plus tôt à Hoi An, les Giscards aussi du coup, se mettent à hésiter...

Problème : la responsabilité du guide français est engagée : on ne peut pas se diviser en deux comme ça. Laisser deux personnes rentrer en minibus est acceptable ; pas la moitié du groupe...

Au loin l'orage gronde et le ciel s'obscurcit dangereusement...

Je vois le coup qu'on va nous sucrer la traversée en vélo, arriver à la vitesse d'une météorite... Les palabres s'enchaînent entre les couples qui ne veulent pas partir, le guide vietnamien, et la guide française.

Dany Wilde commence à râler ironiquement...

Et la pluie se met à tomber...

là c'est foutu : on reflue en rang serré dans le hall de l'hôtel qui nous loue les vélos devant un groupe d'employés vietnamiens qui n'y comprend rien !

Enervée, la guide française balance la moitié du groupe : les refractaires à la balade à vélo, dans le minibus qui s'en va avec eux et nos sacs...

L'engin est chargé à traîner par terre et nos sacs sont empilés n'importe comment pour laisser la place aux non-cyclistes... Bérénice qui a acheté un tableau en nacre et en laque à Saïgon fait un peu la tête parce qu'il risque d'être abîmé... Dany Wilde est déchaîné : on se retrouve sans guide vietnamien, ici, à attendre une éclaircie ou le retour dans trois heures du minibus, parce qu'une partie du groupe fait cessession et refuse le programme prévu !

On traîne dans le hall. Sous le porche.

Les gouttes tombent drues.

Dany Wilde et la guide regardent le tracé de la rando que le guide vietnamien nous a laissé... Le pauvre homme était ennuyé de nous abandonner là, c'est une entorse grave au réglement... Les voyages de noces ont leurs raisons que la raison ignore... Je parle un peu avec Bérénice, Brigite et Corinne et les Ferrys...

On tue le temps.

Finalement l'orage est vif mais ne dure qu'une heure. On se rapproche à nouveau de nos machines, les vérifie une dernière fois... On n'a plus intérêt à traîner : "le retard" entraîné par les "négociations" puis l'orage nous à fait perdre presque deux heures.

Je croise le regard de Bérénice qui avance vers sa machine... Elle me fait un sourire. Je suis trop emprunté pour répondre. J'ai peur de toute ambiguïté, et puis, je ne sais pas trop sourire comme ça. Je n'ai rien à exprimer. Bérénice m'indiffère. Je la trouve gentille, c'est vraiment une brave fille, je crois. Mais bon, à part ça...

Elle fonce vers son vélo.

Sac au dos, nous partons donc pour 50 kilomètres. La sensation est agréable. Même si la circulation dense met un frein à l'ivresse qu'on pourrait ressentir. L'espace d'un instant un bien être m'envahit, je me sens heureux, aérien et vraiment libre. La sortie de la ville est assez complexe et même assez moche, puis nous rejoignons enfin un paysage rural plus tranquille.

Le plaisir est intense.

Je vois pèle-mêle lors de la traversée des villages des scénes de vie qui me chamboulent mes visions prétablies d'occidental inculte : la coiffeuse qui officie à "ciel ouvert", et la jolie vietnamienne, les cheveux mouillés qui se fait coiffer devant tout le monde... L'enfant qu'on lave dans la bassine. La télé, le son poussé à fond, dans la salle à manger, flanquée de l'inévitable "autel des ancètres"..

Les villages se succèdent, encadrés par de larges bandes rouges montées sur des portiques qui matérialisent entrées et sorties. Les paysages de rizières sont splendides.

En revanche, l'orage a laissé de grandes mares qu'il nous faut traverser. En bon lourdaud brut de décoffrage, je les franchis debout sur les pédales... Ce qui fait que mes chaussures et surtout mes bas de pantalons sont trempés. En voyant Virginie Ferry et Bérénice poser leur pieds sur le bas du cadre lors des traversées de mares, je comprends la manière d'éviter ces ablutions, mais le mal est fait, j'arriverai à Hoi An mouillé...

Les enfants sont fascinés par nos mines d'occidentaux. Il est assez rares d'en voir passer et encore moins à vélos. Ils semblent nous prendre pour des originaux vaguement dérangés. Ils courent nous voir, nous lancent de sonores "hellos !" ; c'est plutôt agréable d'autant plus qu'ils sont tous sourires.

Finalement le convoi s'arrête... Depuis quelques kilomètres, nous faisons pas mal de détour et de marches arrières. Là, les choses deviennent claires : nous sommes paumés. Vraisemblablement à au moins 20-25 kilomètres encore de Hoi An... La guide a déjà fait le trajet plusieurs fois, mais elle n'est pas non plus omnisciente. Et s'orienter au Vietnam n'est pas facile...

Pas de fléchages, bien entendu ! Et, les noms de villages se ressemblent tous. Ceux qui sont sur la carte ne sont pas sur le tracé et vice versa... Qui plus est la profusion de mots inscrits sur les bandes rouges d'entrée des villages n'aide pas à les déchiffrer...

Pourtant personne ne râle, finalement, c'en est presque amusant...

Le problème c'est qu'il est cinq heure et que dans une heure, la nuit va tomber. A force de pérégrinations nous croyons retrouver le chemin. Accélérant le mouvement pour ne pas nous retrouver dans la compagne en pleine nuit nous prêtons moins attention au paysage, à la route aussi... Nous fonçons, comme des imbéciles, imprudemment.

Jean Michel Ferry qui fermait la marche revient et me dépasse, il monte à la hauteur du guide : il faut s'arrêter, il y a eu une chute.

Purdey est tombée lourdement. Elle ne dit rien mais elle est pâle. Elle dit que "ça ira" mais on sent bien qu'elle s'est fait plutôt mal. "Au dos", nous dit Danny Wilde. Un écart pour éviter une flaque d'eau, la surprise d'être doublée par un scooter à ce moment là, ont conduit Purdey à poser sa roue dans un nid de poule... Elle a dû se cramponner au guidon pensant éviter de tomber, et c'est là qu'elle s'est fait mal au dos, la chute, immédiate n'a rien arrangé !

Là, on est mal. ! Plus moyen de rouler vite. Et encore de précieuses minutes de perdues. En théorie, on aurait dû avoir le minibus derrière pas loin, joignable facilement par portable et Purdey aurait pu monter dedans... En théorie d'ailleurs, on ne se serait même pas perdu parce qu'on aurait eu un guide vietnamien connaissant le terrain.

Et en pratique : "on est dans la merde !" Comme le bredouille Dany Wilde...

Le soleil se couche avec des reflets dorés extraordinaires... Dans un village, des haut-parleurs diffusent ce qui ressemble à une emission de radio. Sans doute de la propagande. Nous sommes arrêtés, mais autour de nous, le vietnam continue de s'agiter avec sa myriade de couleurs et de bruit...

Nous reprenons la route, à vitesse réduite... Au bout d'un moment, il faut se rendre à l'évidence, nous sommes à nouveau perdus, (si on n'a d'ailleurs, jamais cessé de l'être).

Cette fois, la nuit tombe. Il faut trouver une solution. J'ai une lampe de poche minuscule dans mon sac à dos qui ne sera pas d'une efficacité redoutable. Deux ou trois personnes ont de bonnes torches, deux autres des lampes de poches peu utiles comme la mienne. Les autres n'ont rien du tout. On n'est parti comme des imbéciles, sans prévoir vraiment la rando puisqu'à tous moments, elle risquait d'être annulée.

Virginie Ferry est inquiète, Purdey secouée par la douleur. Tous les autres finalement acceptent les choses avec philosophie. Moi y compris, on est en groupe, on finira bien par s'en sortir...

Nous sommes sur un chemin de traverse, peu fréquenté, mais nous ne devrions plus être très loin de la ville au fond. Reste à savoir dans quelle direction aller : les croisements se succèdent, et nous sommes franchement à l'aventure, on s'oriente un peu au petit bonheur... En fonction du coucher du soleil, de poteaux électriques (censés aller ou venir à la ville), de l'aspect de la route... Autant chercher, comme le petit prince, le reflet d'un puis dans les étoiles !

Au bout d'un moment, deux jeunes vietnamiennes arrivent sur un vélo trop grand. On les hèle, on les stoppe ! Elles sont surprises d'être arrêtées par une kyrielle d'occidentaux à vélos, mais ne se départissent pas du traditionnel sourire vietnamien. On essaye de leur demander par geste la direction de la ville : on tente de prononcer "hoi an" : "Hoye Anne ?" "hol hahn ?" "aûlle Ann'", mais rien n'y fait... Les filles rient avec des frimousses mutines et splendides, mais elles ne peuvent nous aider...

On se rend à l'évidence, on est incapable de prononcer correctement le nom de la ville... En vietnamien l'accent est décisif : un même mot peut vouloir dire dix choses diffèrentes suivant la façon dont il est prononcé... Si ça se trouve, on a dit "Tigre vert", "café au bambou" ou "trompette à carreaux !" en voulant dire Hoi An !

Alors, Corinne a l'idée de génie, toute simple ,mais qu'aucun de nous n'a eu. Elle sort de sa poche la carte du déroulement de notre séjour et montre le mot écrit : "Hoi An"... La fille sourit, prononce le nom Hoi An en vietnamien (qui n'a que de lointains rapports avec notre manière de l'écrire), et nous désigne enfin la bonne direction.

Nous retrouvons ainsi rapidement la grand route d'où la guide française qui a déjà fait plusieurs fois la rando, parvient rapidement à s'orienter et retrouver le chemin.

Il fait nuit noire quand nous arrivons à Hoi An... Mais l'éclairage public et les enseignes lumineuses nous aident à nous orienter. C'est d'ailleurs une drôle de sensation de rouler sans lumière, mais ici finalement, la plupart des "locaux" font la même chose.

Nous atteignons l'hôtel sans soucis. Je suis extrêmement surpris que personne ne se soit plaint, n'ait râlé ou quoique ce soit... On est un peu déçu et triste pour Purdey ; surtout qu'il reste encore pas mal de moment sportif à passer. Mais apparemmment ce n'est pas trop grave... Purdey monte directement à sa chambre appliquer une pommade sur son dos, mais finalement tout ça se passe comme si rien ne c'était mal déroulé.

Je traverse l'hôtel assez chic (peut être le plus beau que nous ayons eu jusqu'alors) affublé de mes sacs, avec mes bas de pantalons tempés, ce qui fait un peu désordre.

Nous nous retrouvons tous pour manger. Je suis à nouveau avec les Ferry ce qui m'ennuie un peu. Finalement, impossible d'entrer en contact avec qui que ce soit d'autre. Je suis devenu le quatrième du groupe ce qui est bien commode pour former des groupes de 4 : les 3 filles + la guide, et moi et les Ferry, puis tous les autres couples.

Le repas est bon, et nous avions très faim. Nous n'avons finalement pas mangé ce midi, le très copieux petits déjeuner pris à la descente du train et se terminant vers 11 h 00 ayant fait office de repas.

Vers la fin du repas, la guide demande à tout le monde ce que les gens souhaitent faire. Hoi An est connue pour être éclairée par des lampions... Moi, j'aimerais bien flâner dans Hoi An, mais apparemment tout le monde veut rentrer... Je n'ose pas faire cavalier seul ; se lancer seul dans la nuit ici ne m'inquiète pas trop, mais être le seul à le faire, me décourage. Je ressens un peu le fait "qu'ils rentrent tous" comme une désapprobation de mon idée de sortir... Je me dis que même si les gens en groupe ne sortent pas, ils faut être, à plus forte raison, inconscient pour sortir seul... J'aurais eu besoin que d'autres sortent aussi, (même sans moi !), pour cautionner l'idée.

Mais finalement, tout le monde change d'avis, sauf Paul et Odile, et Danny Wilde et Purdey qui doit être bien plus touchée par sa chute qu'elle ne le dit. Et je me retrouve seul dans le bus à rentrer avec ces deux autres couples. J'ai pour la dernière fois subi l'influence du groupe ; On ne m'y reprendra plus.

La jolie chambre d'Hoi An m'accueille comme un refuge. Je m'y sens bien. Je fais enfin une longue toilette, écris mes cartes postales, puis m'endors doucement devant TV5 monde.

A tout prendre, j'ai bien fait de ne pas sortir ce soir. Cette soirée calme me fait du bien...

"Il faut se rendre à l'évidence : nous sommes complètement paumés !"

Quand le soleil se couche sur les rizières... Ou les avantages de se trouver dehors, au milieu de nulle part, à la tombée de la nuit...

Et la nuit tomba...
Dimanche 22 : "Vertiges..."

- (Hoi An/ septième jour au Vietnam.)

Je passe mon temps à fredonner "mon amour, mon coeur" d'Anaïs en sourdine aujourd'hui... Tant trois des couples en voyage de noce donnent dans le grandiose aujourd'hui... Je crois qu'on atteint des sommets que ma sensibilité exacerbée a bien du mal à supporter...

Je passe mon temps à entendre de sonores baisers, voir de coquines caresses et entendres de long chuchotis de (ridicules) mots d'amour... Impression vaguement guerrière de m'être trompé de chemin et envie de sortir du bus pour me jeter de branches en branches à la recherche d'un temple maudit...Envie "d'Indiana Jones", voire même de "Platoon", mais tout plutôt que le spectacle déprimant de ces ridicules êtres humains abrutis d'amour se lovant dans d'enfantins jeux burlesques.

Ils interrompent juste quelques temps leurs calineries sonores pour descendre (à l'invitation du guide qui nous dit qu'on a, "une chance insolente") photographier... un enterrement !

Et voilà, presque tout le bus qui descend filmer un cortège funèbre. Bérénice demande au guide si elle a le droit de photographier ! Il répond "Mais oui, dépêchez vous, ils vont être passé !" Comme si à Paris, un guide avait le pouvoir de cautionner, la prise de photo d'un convoi funébre.

Je ne descends pas.

La mort n'est pas un spectacle.

Les Kouchners font comme moi. Restent assis au fond du bus.

J'entends le guide décrire au micro la composition du cercueil, l'organisation du convoi. Et, je ne descends pas, mais je regarde. Et je vois, les drapeaux chamarés, le cercueil rouge et doré, la photo du pauvre homme porté par un jeune homme digne.

Cette vision me révulse. Je me hais d'être là, d'assister à ça. Et pourtant, j'oublie moi aussi. J'oublie qu'en France je détournerais pudiquement les yeux, que je ne regarderais pas, que je presserais le pas et changerais de chemin. Ce n'est que lorsque la femme du défunt passe devant le bus que je prends conscience à nouveau de la saloperie qu'on est en train de faire. Cette femme en pleurs me raméne à la souffrance, elle me donne comme un coup de poing en plein dans l'estomac, pour me dire que ce n'est pas du cinéma. Que la douleur est réelle. Je pense qu'on s'habitue tellement à prendre la vie locale pour une curiosité qu'on n'en oublie la descence.

ça me heurte.

Tout le monde rentre dans le bus, avec le plein de "belles" photos. C'est à leurs yeux, je pense, le principal. Je glisse un coup d'oeil furtif vers les Kouchners, je surprends une grimace de Mathieu Kouchner qui m'aide à comprendre qu'il a le même raisonnement que moi... Bérénice semble ne pas avoir sorti son appareil photo de son étui, à moins qu'elle ne l'ait déjà rangé, tous les autres ont "shooté" sans retenue.

C'est triste.

Les deux couples suisses se battent pour la place du fond, permettant de s'allonger en travers des banquettes ce qui est plus pratique pour les "léchouilles" en tout genre... L'un des couples estimait que l'arrêt avait duré assez longtemps visiblement pour qu'on considère que les places pouvaient changer... Marrant aussi ces règles tacite d'occupation des places : on peut changer entre un aller et un retour uniquement si l'interruption est assez longue... Sinon, tout le monde reprend sa place de l'aller... ça me surprend toujours ces règles organisationnelles tacites dont on a même pas besoin de parler.

Là, ça chauffe poliment.

L'un des deux céde et on peut repartir... Les choses importantes étant réglées. Les baisers et les bruits de succions divers reprennent à l'arrière du bus, tandis que tout au fond, là-bas demeure un point, au bout de la route. Celle d'un cortège de pauvres gens qui s'en vont vers un cimetière...

La route est longue, et je m'ennuie. Alors, je tire mon bloc de mon sac à dos et j'écris toujours mes carnets :

(extraits)

" Déjà une semaine au Vietnam ; il y a sept jours, je me posais dans la nuit sur le Tarmac de Singapour... Finalement, le temps passe très vite. Je me souviens de ma première angoisse à Saïgon. Ridicule et dépassée. Oubliée. Comme cette idée stupide de compter les jours avant le retour... Tout ça a disparu. Il est vrai aussi qu'une simple mais large traînée de sang sous un interrupteur sur le carrelage blanc d'une salle de bain, peut induire bien des idées noires...

Bref, je me sens bien maintenant.

Plusieurs personnes sont gentilles avec moi ; ça me suffit. Ce sont généralement les couples plus âgés... Les jeunes couples sont plutôt individualistes. Il paraît qu'hier, Michaël et Ludivine se sont plaints d'avoir une chambre avec des lits jumeaux ! Au nom du "voyage de noce", ils ont demandé à ce qu'on change leur chambre. La jolie vietnamienne de la reception était paraît il rouge comme un coquelicot (ou plutôt légèrement brune sans doute).

En tous cas, ils ont eu gains de cause : Odile et Paul ont accepté de laisser leur lit pour qu'ils puissent passer une "bonne nuit"... Je me dis que jamais je n'aurais osé pour ma part demander une chose pareille. Odile et Paul qui avaient déballé leurs affaires ont dû débarrasser le plancher pour le confort sexuel de ces "jeunes cons"... J'aime bien Michaël et Ludivine, mais quand même !

Je crois que c'est "l'embardée de trop". Le relationnel s'organise du coup, sans trop tenir compte des jeunes en voyage de noce : il y a "les individualités" qu'on laisse, tranquilles et lointaines, et le reste du groupe. La communication est encore tout juste suffisante, mais elle commence à devenir plus réélle. Je ne souffre plus vraiment de solitude."

[...]

"Hoi An est une ville jolie mais trop touristique. Je suis un peu déçu de ça, même si c'est rassurant : nous sommes au moins en terrain connu. Il y a parfois, dans les rues pratiquement autant d'occidentaux et d'australiens que de vietnamiens... La vieille ville est jolie, mais il y a beaucoup de trop de monde dedans, ça fait carrèment "parc Astérix".

Pas drôle.

En fait, moi, j'aime l'Asie, au crépuscule, quand elle reprend ses droits. Là, elle s'agite, envahit les trottoirs, étale ses chaises de restaurants de rue... Là elle bouge, elle est à elle et plus à nous. Elle est enfin authentique. Elle est enfin elle même.

Envahie des volutes de vapeur, des bruits de la nuit et de la foule, éclairée de lampions et de feux de véhicules omniprésents ; abrutis de mouvements.

J'aime vraiment cette Asie là."

[...]

"Même si pour l'heure, je me promène dans une ville aseptisée et touristique, où j'affiche mon état d'occidental.

Occidental, ce mot n'a un sens qu'ici. L'occident, ne me manque pas du tout, mais je l'ai importé ici. Il est dans tout ce que je suis, et les gens ne s'y trompent pas. Je suis caractérisé ici avant tout par ça, je suis étranger et c'est ce qui me diffèrencie. Ici je ne suis plus un timide, un raté, ce qu'on voit avant tout, c'est que je suis occidental.

C'est drôle en France, ce n'est qu'un concept vide, ici, il est une réalité, une identité.

Un peu trop même. Finalement, ici à Hoi An, nous ne sommes traités que comme des portes monnaies à pattes, et les sourires des filles, sont autant destiné à nous qu'au premier gras du bide adipeux qui passe. Au Vietnam, tout occidental est millionnaire, il est impossible de l'oublier ici. Cette position me gêne, je voudrais la dépasser, mais elle est là. Cette immence déference, ce "trop de respect" mercantile, cette peur atroce de perdre "le marché" me trouble et me touche. Je n'aime pas cette supériorité, je n'aime pas cette grandeur.

Je ne mérite pas ça, et ça m'effraie un peu."

[...]

"Les autres m'apparaissent enfin parfois dans toutes leurs entités, et ne parviennent plus à gommer leurs faiblesses ; depuis le temps que j'étale ici les miennes, il est sans doute temps que je prennent conscience que tout le monde s'en trimballe.

Aussi, j'ai parfois de grand éclairs de "méchanceté" houelbecquienne... Quand je vois la "grande voyageuse" Diddlina, qui a traversé trois fois au moins tous les continents, acheter connerie sur connerie, j'ai envie de mourir de rire. La seule passion de cette fille, pourtant à l'autre bout du monde étant de se consacrer au shopping ! Amusant surtout quand on clame à qui est obligé de l'entendre sa haute position sociale et son avidité culturelle... A Paris, elle, à priori, elle visiterait surtout la galerie marchande de Vélizy 2 !!"

" les deux suisses arrivent au déjeuner affublé de deux casquettes verte de l'armée révolutionnaire du Nord Vietnam. Ces répliques pourtant symboliquement sanglante semblent les avoir irresistiblement attirés et les voilà donc tous les deux affublé d'un couvre chef du plus ridicule et "beauf" effet !!! Plus "bronzés 4" tu meurs ! Surtout que Michaël qui ne fait pas les choses à moitié y a ajouté un maillot rouge revêtu de l'étoile jaune : réplique du drapeau de vietnam. J'en ai acheté un parce que ce sera sans doute sympa comme tenue de scène (un peu pour un effet à la clash) mais je ne le porterai pas ici...

Et il fait sensation dans la rue où l'on voit rarement des occidentaux déguisé à ce point... On dirait un peu les Dupont dans le Lotus Bleu : tellement "couleur locale" qu'on ne voit plus qu'eux !"

"Et je m'éloigne un peu des Ferrys... J'ai découvert qu'ils affichent un état des plus "BO coin"... Si il est déjà les "bobos", voici le concept des Bo coins... Les bourgeois coincés... Leurs idées réacs sous couvert de tolèrances m'affectent un peu et mettent de la distance entre nous. Finalement, c'est juste agréable de leur parler un peu, je n'ai pas d'atomes crochus. Ils excluent beaucoup trop ceux qui ne leur ressemblent pas. Et je n'ai pas du tout envie de leur ressembler !

Leurs tics de langages m'amusent mais de manière vaguement cynique. Ce n'est pas dd l'humour sain et attendri, mais bel et bien de l'ironie. Entendre Virginie Ferry se faire surnommer par son mari Virge m'avait paru marrant... mais les Nombreux Vir' Vi' V''''' dont elles se retrouvent affulées font invaraiblement chez moi naître une envie de me moquer. Quant à elle, quand elle appelle son mari J'Mich', ou J'mi' j'ai bien du mal à retenir mes éclats de rire.

Le summum est atteint quand "J'mich' !" ou "Virge !" cherchent Johan et que le Vietnam retentis de sonores "J'an' !" ou "Yoï !" ou encore "ïo !"... Très vite ils ne m'amusent plus. Je ne leur en veux pas, mais je n'ai plus envie de trop écouter leurs leçons réacs', leurs tolèrances minimes et leurs discours précalibrés nouvel obs'... Nos chemins se séparent ici... J'ai d'autres choses à apprendre d'autres gens sans doute.

[...]

Je repose mes carnets et continue la visites des temples cham. Revenus à Hoi An, l'après midi, je traîne dans ma chambre pour ne pas sortir au au plein moment de chaleur (bien m'en prend !). L'après midi est libre, mais je traîne en écoutant de la musique sur mon lecteur MP3. Les musiques que j'écoutent me font penser à France. Et je sens bien que finalement, c'est à cause de ce qui s'est passé que je suis ici, je suis bel et bien venu m'y perdre pour me retrouver. Je prends conscience qu'elle a changé la ligne de ma vie et que si ce voyage n'aura aucune conséquence sur Elle, elle est bien au départ de tout ce changement moral qui m'a conduit ici.

C'est peut être aussi bien.

Et, perdu dans mes pensées et épuisé par tout ce que j'ai vécu de ce voyage, jusqu'ici, déjà, je sombre dans le sommeil... Me voilà pris dans une sieste en plein après midi ! Moi, un vrai petit vieux. Je m'en veux d'être ainsi, mais je n'ai pas de solutions. La fatigue a raison de moi.

Le réveil est amer, j'ai perdu une bonne partie de l'après midi. Je décide de me mettre en quête de Tee shirts parce que mes réserves s'amenuisent. J'en ai donné à laver à la blanchisserie de l'hôtel, mais ce ne sera pas toujours possible. Me voilà donc à nouveau lancé seul dans ce Vietnam inconnu. Pourtant, je n'ai pas de sentiment de peur, je suis heureux et libre. C'est un peu comme si ici, j'avais toutes mes chances, le droit de risquer.

La quête des tee shirts se passe bien. Je parviens sans trop de souci à acheter les maillots. On m'a recommandé de marchander, j'essaie pour la forme puis renonce à cette pratique. Les prix sont tellement peu élevés que je trouve que ce serait honteux de contraindre ces gens qui ont si peu à baisser leur prix (même si ceux-ci sont gonflés au vu de ma peau blanche !). Je n'aime pas l'argent, je n'ai pas cette passion pour le shopping qui me conduit à marchander pour gagner 50 centimes d'euros sur un tee shirt qui coûte à peine 1 euro 50 ! Il faut aussi être digne. Je refuse d'enfoncer ceux qui n'ont rien.

Je vois le regard triste de la petite fille qui m'explique qu'un maillot est plus cher car il est brodé, et qui tremble que je file ailleurs, acheter le même article 10000 VN Dong moins cher soir 50 centimes d'euros de moins.

Je hais ma peau blanche et mon occidentale suffisance à l'instant... Et je décide d'acheter le tee-shirt brodé, et tous les autres objets vietnamiens, aux prix annoncés si ils sont raisonnables. Je m'en fous de "me faire avoir" ; j'ai décidé d'être digne !

J'arrive à la porte d'une école maternelle où il y a... des enfants. Vraisemblablement en centre aérés pendant ces vacances. Je parle par geste à l'animatrice qui est en fait... une institutrice le reste de l'année. Elle m'explique le fonctionnement du système scolaire vietnamien dans un anglais aussi mauvais que le mien... Et m'autorise à faire des photos de l'école et des petits loups qui s'y trouvent.

Isabelle passe dans la rue avec ses amies. Voyant que je shoote la cour de l'école, elle, qui est passionnée par les enfants, demande aussi l'autorisation de faire des clichés. Je crois que 50 % de ses photos concernent des enfants.

Elle prend des images des enfants et leur montre la photo dans le viseur de son appareil photo numérique. Je me dis que c'est vraiment une gentille fille. J'aime bien son esprit et les sourires qu'elle fait aux enfants... Elle n'est pas jolie, mais c'est vraiment une brave fille.

J'aime aussi, cette large cour d'école, avec ses jeux improbables et ses personnages de dessins animés reproduits à la main sur sa façade.

Je reprends ma promenade solitaire dans cette vieille ville du Vietnam, célèbre pour son éclairage aux lampions. Ceux-ci s'allument les uns après les autres alors que le soleil se couchent doucement sur la rivière. Pourquoi faut il que je me sente fébrile ? Est cette indéniable nostalgie qui me prend dès que je vois un coucher de soleil ?

Je ne crois pas.

Je rejoins les autres dans un "boui-boui" vietnamien. Je m'oriente assez bien. Le resto est vrai, authentique. Il y a peu d'occidentaux. On est loin du luxe affiché des circuit avion Deluxe. C'est bien. Une petite vietnamienne vend du baume du Tigre (sorte de contre coup, remède miracle à bien des douleurs !) et tout le monde s'en amuse vu son acharnament.

Moi, je me sens étrange. Une fatigue soudaine m'envahit. Envie de dormir, de m'étendre. Je me sens las. On quitte le resto à la recherche de Lassis (mélange de lait et de jus de fruit). J'ai bien du mal à me traîner. Je ne dis rien, mais je sens bien que je ne suis pas bien. Bérénice me refait un sourire. Cette fois, je lui réponds, maladroit et malhabile. C'est un sourire fade et effacé. Le sourire de quelqu'un qui n'a rien à lui dire. Et qui le sait.

Elle ne recommencera plus jamais l'expérience.

Le long de la route du retour vers l'hôtel, je trimbale des tonnes de douleurs... Des frissons envahissent mon dos. C'est un mal être plus qu'une maladie mais ça ne va pas. Je ressens comme une drôle de sensation, comme quand j'avais, enfant, pris un coup de soleil carabiné. Encore, que c'est autre chose.

Je rentre à l'hôtel, fais mes sacs sans parvenir à les finir, demain, nous prenons un bus local pour Hué, et je ne suis pas trop sûr de tenir le coup. Je me sens de moins en moins bien. Un mal de tête terrible m'assaille d'un coup, je prends du paracetamol à haute doses et m'effondre sur mon lit.

Je m'éveille au milieu de la nuit. La télévision tourne encore, et me raconte TV5 monde alors que je suis incapable de l'entendre. Mon mal de tête s'est un peu calmé mais je sens le sang affleurer dans mes tempes. J'ai une intense nausée et une vague envie de vomir.

Je sens nettement que je suis malade, je ne sais pas ce que j'ai et j'imagine le pire : dengue, typhoïde, tout ce que l'effrayant Lonely planet recense comme danger de l'Asie et que le routard mentionne avec bien plus de sérénité. Je me sens un peu coupable, je me dis que j'aurais l'air fin demain, d'avouer que je suis malade ! Comme si je l'avais fait exprès.

Je resombre dans un vague sommeil en me demandant comment les choses vont se passer demain. Impossible de voyager malade... Qui va rester avec moi ? Où vais-je aller puisque l'hôtel n'est plus reservé ?

Je m'éveille à nouveau quelques minutes plus tard. Je réalise que j'ai soif, chaud aussi... Très chaud. J'ai l'habitude d'acheter de l'eau hors de l'hôtel, mais j'avais très soif hier soir, et j'ai bu la dernière moitié de ma bouteille d'eau avant de me coucher... Au Vietnam, l'eau en bouteilles cachetées se vend à prix d'or. Mais là, je sens que je dois boire, alors, j'ouvre une bouteille du mini bar et en bois la moitié... Je me sens à demi soulagé. Mes jambes sont toujours en coton mais je me sens mieux.

Mon mal de tête s'attenue. Au cours de la nuit, je constate que mon malaise se dissipe un peu. Je commence à penser à une insolation plus qu'à une horrible maladie tropicale...

La fin de la nuit me donne raison. Je termine la bouteille d'eau et sombre à nouveau dans un sommeil plus léger. Je me sens enfin mieux. le paracetamol fait effet et mon malaise se dissipe. Je m'endors, cette fois, jusqu'à l'aube, en étant bien plus positif sur la journée de demain...

Une école du Vietnam... Un terrain qui me reste finalement toujours extrêmement familier ; même au bout du monde.

Hoi An la nuit... La vieille ville illuminée de lampion... Dommage que mon coup de chaleur, m'ait empéché d'apprécier cela !
Lundi 22 : "Vestiges..."

- (Hué/ Huitième jour au Vietnam.)

Le réveil est difficile. Autant dire, extrêmement compliqué. J'ai l'impression d'avoir un éléphant sur chacune de mes paupières, mais en même temps, je sens parfaitement bien que je vais mieux. Je fais donc mon sac au ralenti. J'ai défini une organisation rationnelle des bagages qui me permet de savoir, en gros comment faire pour tout caser sans heurts. Ici c'est un peu compliqué puisque j'ai acheté les tee-shirts, mais j'y parviens quand même assez facilement. Je sais aussi, que je n'ai pas intérêt à acheter des objets encombrants avant Hanoï parce que les moyens des transports qu'on prend sont loin d'être "doux" pour nos bagages... Et dans quelques heures on prend un bus de type "taxi brousse !"

Je monte en état quand même relativement second dans le bus qui nous emmène vers Hué par le col des nuages. Nous sommes déçus car le bus local de type "taxi brousse" que nous prenons est quand même réservé pour nous seulement. Nous aurions aimé qu'il soit ouvert aussi au vietnamiens, mais nous n'avions pas le choix. On est donc encore dans l'ersatz, la couleur locale pour pas cher... Mais sans la réalité.

Je n'ai pas le temps d'y penser, je m'effondre sur le siège en me demandant comment j'ai pu tenir debout si longtemps jusqu'ici...

Nous faisons une pause à la montagne de marbre... Lieux de pélerinage vietnamien. Le "Lourdes" du Vietnam. Une pagode se trouve en haut d'une colline accessible via de nombreuses marches irrégulières. Le pelerin qui les monte est censé être récompensé de ses efforts.

Nous voilà à l'assaut de ce mont par 25° C alors qu'il est 8 heures 30... Et que je n'ai pas su déjeuner. Mes jambes en coton ne me portent pas. Mais je parviens au prix d'un effort assez lourd de gravir la colline. Je me rends compte que le corps humain est violemment costaud et qu'il est prêt à donner beaucoup. J'ai toujours aimé "pousser la mécanique"... Me voilà servi...

Le pagode est belle mais l'odeur d'encens que j'adore me fait tourner la tête. Elle est construite dans une jolie pagaille toute orientale et s'étale un peu partout sur le sommet de la colline. J'aime ce désordre, ce refus de se plier à des contraintes architecturales et arythmètique. De loin, sur l'un des points les plus hauts, on voit la mer. J'apprécie l'image de cette plage au loin, baignée d'une mer bleue, que je contemple en tournant le dos à un Bouddha. Derrière ses yeux de marbre blanc, il regarde aussi, depuis des années cette étendue d'eau calme qui reflète les étoiles la nuit.

L'Asie est vraiment magique...

Je m'effondre après être redescendu dans le bus. Et je m'endors juqu'à Hué. Je n'aime pas dormir dans le bus : je trouve que je me prive du paysage, mais là, je ressens le besoin de dormir... Le sommeil gagne le combat... Au réveil, je me sens enfin mieux.

Le repas du midi est lourd ; au sens culinaire du terme. Nous croisons dans le restaurant un groupe de touristes qui utilise la même agence que nous mais dans un circuit classique et non en aventure. Je suis sidéré de la bande de beaufs ! L'esprit n'est vraiment, comme on me l'a dit, pas du tout le même. Je sens bien que je serai très malheureux si je participais à un circuit pareil ! Je suis finalement, quoique j'en dise, bien à ma place avec les Giscards et les Diddls ! Ma place, c'est sans doute mon problème principal, je ne la trouve pas...

Nous visitons ensuite des mausolées. Je n'ai pas grand chose à en dire. Les empereurs vietnamiens ne me laissent pas un souvenir impérissable. Ici, la monumentale sculpture de Kuan Yin, en marbre blanc, me laisse bien plus admiratif... Mais je la vois de loin : on ne s'y rendra pas.

Le quartier libre du soir est le bienvenu. J'ai besoin de solitude. Je commence à apprécier ces moments tranquilles. Je me débrouille bien, j'ai mes habitudes : mes recherches solitaires de lieux intéressants à photographier, l'heure de mes courses pour acheter de l'eau, ou du chocolat !

Je n'ai plus du tout peur de ces moments que je redoutais auparavant. Le Vietnam m'apprivoise et j'apprivoise ma peur. Je me sens bien... Les gens font brûler des faut billets ou de l'encens sur les trottoirs pour passer une bonne nuit... C'est une jolie tradition qui fait naître de belles étincelles ! Au moins dans mes yeux...

Pourtant, sur le trottoir, un type me demande si je veux rencontrer une Go go girl... Le Vietnam est un drôle de pays... Il ne fait pas bon être un mâle solitaire là bas. D'ailleurs, le guide m'a rendu très mal à l'aise ce matin, en me demandant où étais ma copine... J'ai répondu "en France" qui voulait juste dire : "fous moi la paix !". Je suis déjà triste de faire ce voyage sans rien partager, je le ressens presque comme une sorte de masturbation ; un plaisir égoïste... Alors, j'aimerais bien qu'on ne remue pas sans cesse le couteau dans la plaie !

Je manche un délicieux poulet à la citronelle et aux épices. J'ai l'impression d'être intégré au groupe. Je me sens bien. Je suis pourtant toujours solitaire à un souffle des autres... Je ne sais pas vraiment être là, participer, exister dans une conversation. Bérénice ne semble pas y parvenir non plus. Les loups solitaires ont toujours leurs raisons. Elle souffre sans doute de la même introversion que moi.

Nous sommes des êtres sans vrai intérêt. Mais le Vietnam est là, et ça n'a pas d'importance.

Démarrée assez mal puisque j'étais malade, la journée se poursuit extrêmement bien. Je vais me coucher tranquille et calme. Je prends un plaisir incroyable à ce voyage.

Cette fois, ça y est, je me sens lancé... Je sens que c'est parti. J'ai décidé de vivre les choses à fond pour ne surtout rien regretter...

"En haut de la montagne de marbre" : un temple embrumé d'encens... Cette odeur que j'adore, mais qui là, "m'intoxique"... L'effort pour gravir les marches associé à mon "coup de chaleur"...

"Celui qui contemplait la mer"... Apaisant et rassurant... Même quand on a les jambes en coton...

Des toits de pagodes à l'assaut du ciel, comme pour prolonger encore la montagne..

Vestiges de guerre... Panneau de propagande, et Bunker... Le Col des Nuages ; un verrou stratégique entre deux montagnes, et qui partage le Vietnam... Quelque chose qui rappelle que durant trente ans, c'est la guerre et le sang qui ont régné ici...

Et que "nous" n'y sommes pas pour rien...

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