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CARNETS DE ROUTE

"Hué"

du 25 juillet au 27 juillet 2006

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Mardi 25: "La rivière des parfums..."

- (Hué / milieu de séjour au Vietnam.)

La journée est un peu étrange, doucement, je crois qu'en moi tout change et que je commence sérieusement à m'habituer et à aimer ce séjour au Vietnam malgré toutes les entraves qui me caractèrisent encore et cette incapacité à communiquer encore entretenue par le climat général du groupe (peu communicatif lui même).

Je m'éveille tôt et je prends le temps de m'éveiller doucement... Je passe peu de temps au petit déjeuner, j'y suis en retard, mais finalement, je n'aime pas vraiment ce moment qui m'empêche de réellement communiquer avec les autres. Je crois que c'est un moment où j'illustre mon incompétence en communication. Donc finalement, je cède à l'évitement.

Je me retrouve donc sur un bateau à descendre la rivière des parfums... Ainsi nommée à cause des herbes aromatiques qui poussent sur ses rives et qui parsème l'air ambiant de douces odeurs... En tous cas, à la hauteur de la rivière que nous descendrons, je n'aurais jamais le plaisir de les sentir. L'ambiance est toujours aussi "vide". Au cours des deux heures de descente, personne ou presque ne se parle. J'ai abandonné la lutte pour ma part et je reste au fond de mon siège à photographier les rives et surtout les nombreux bateaux sur lesquels des vietnamiens luttent avec le fond de la rivière pour en extraire des monts de sables qu'ils revendent ensuite.

La chaleur est écrasante. Nous sommes dans un pays où il fait en moyenne 30° C mais il nous est du coup impossible de nous exposer au soleil. A huit heure du matin, il nous est déjà impossible de supporter ses rayons. Du coup, bien entendu, nous ne bronzons pas.

Nous accostons pour visiter la pagode de la dame celeste... Cette pagode est jolie mais finalement, tout a un peu un air de déjà vu... Surtout après la trés belle pagode Lang Son de Na Trang et surtout la Montagne de Marbre. Trop de temples ? Pas certain... Toujours est-il que là, je réalise pleinement que ces temples sont l'équivalent des église en France, ce que finalement, j'avais fini par oublier... La pagode est belle, malgré tout ; et je suis un peu triste d'être finalement, si vite, blasé.

Là bas s'y trouve encore religieusement conservée l'Austin du moine qui s'est rendu à Saïgon, est descendu de sa voiture, a sorti un bidon d'essence et s'est immolé par le feu pour protester contre la guerre du Vietnam en 1968, je crois... Sans qu'on puisse expliquer pourquoi, son coeur n'a pas brûlé... Il est des choses étranges ici qui sont incroyables ailleurs...

Je continue à découvrir mon groupe et finalement, à m'en isoler de plus en plus...

Que dire de ces profs en Goguette, les Ferry sinon que je m'en éloigne de plus en plus, que leur intolèrance me gêne en permanence, que je ne supporte plus l'idiotie chronique de Virge, (qui va jusqu'à ouvrir ses Nems pour en inspecter l'intérieur de peur d'être empoisonnée) ? Leur culture bourgeoise vaguement intolèrante et fermée m'inquiète. Sous couvert de tolèrance, je les vois sans arrêt faire preuve de violences culturelles. leurs jugements acérés et doucereux sur un pays où au fond nous ne sommes que des étrangers me dégouttent à vomir.

Ne parlons même pas des suisses et surtout du haut niveau social de notre amis Giscard, j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais...

En revanche, les autres me deviennent étonnament sympathiques à mesure que je les découvre (certes de loin, mais quand même...)

Les Kouchners, par exemple, sont décidèment bien plus sympa. Je les admire et envie un peu. J'aimerais être comme un, bien loin de ma solitude, simplement accompagné de quelqu'un à m'isoler ainsi des côtés touristiques et carton pâte du circuit. Seul, il est bien difficile de faire comme eux : refuser des excursions, s'isoler et partir seul à le recherche du vrai Vietnam. Ils ne parviendrons quand même pas non plus à le trouver. En tous cas, ils ont une vraie belle mentalité.

Après s'être tapé tout les mausolèes des empereurs vietnamiens, (intéressants sans plus), nous visitons la cité interdite. Les spectacle est saisissant, mais je me sens une nouvelle fois, un peu à Disneyland. Je suis vraiment incorrigible et jamais content. Finalement, nous somme un peu touriste dans l'âme... Je me laisse envahir par le charme un peu fâné de cette cité.

Le ciel se couvre à mesure que de bâtiment en bâtiment, nous passons d'une cour à l'autre de cette cité... Puis un orage éclate comme il ne peut y en avoir qu'au Vietnam. Des trombes d'eau déferlent et la cour de la cité est pleine de flaques en quelques secondes... Nous regardons d'un bâtiment impérial le monde s'abriter et particulièrement 3 éléphants qui regagnent leurs abris, guidés par des Cornacs hilares...

Finalement, nous décidons d'aller voir, ce qui n'était pas prévu, un spectacle de musique et de danse traditionnelle pour au moins nous abriter de l'orage. La traversée des deux cours nécessaire pour accéder au théâtre nous détrempent complètement... Nous avons pourtant tous des K-ways et capes de pluie... au fond du bus.

Humides, ruisselants de sueur (même sous la pluie, il fait encore chaud) nous assistons, finalement par un coup de chance, à un superbe spectacle...

Des goutelettes d'eau coulent de mes cheveux trempés le long de mon dos. Je sens mon tee shirt me coller à la peau... Nous ressortons tous avec le dos rougi par le velour des fauteuils qui a déteint sur nos maillots... Splendides !

L'averse a cessé et la chaleur nous entoure à nouveau.

Nous continuons cette visite et le guide nous fait remarquer les impacts de balles sur les poteaux des édifices et dans une cloche en cuivre. La guerre est passé par là. Même la quiètude des monuments nationaux n'a pas connu la paix. L'offensive de la fête du Têt a déchiré la cité Interdite.

A 16 heures est prévue soit le retour à l'hôtel, soit la visite du marché de Hué. Très pour pour moi, je décide de rentrer à l'hôtel et de tenter une épopée solitaire dans Hué à la recherche à la fois de coups de pieds aux fesses (il est temps que je me prenne en main !) et de... belles images à faire !

Je me sens fatigué comme un enfant qui a trop joué. Mes vêtements humides me collent à la peau, mes cheveux démolis sèchent en gros paquets désordonnés...

Comme nous rentrons à l'hôtel, un motocycliste, dans la ruée de Hué double le bus à grands coups de klakson et à plein vitesse, et fauche une petite fille qui traversait devant le bus. Personne ne s'arrête. Les deux personnes sont par terre. La petite fille au bout de quelques minutes se remet débout, sonnée... Le bus redémarre comme elle avance en boitillant et comme prise de vertige vers le trottoir... En France, on entendrait déjà une sirène de pompier, on déplacerait sans doute le Samu. Ici, il n'y a rien : je ne verrai d'ambulance qu'à Hanoï et saïgon. La petite fille ira dans le meilleur des cas chez le docteur... Dans le pire...

Le bus avance ni en ordre, ni en paix. J'ai l'estomac retourné. Aujourd'hui, j'aurais vraiment voulu être médecin, jaillir du bus, et faire au moins ce que je pouvais... Le bus est parti et j'ai tourné la tête et regardé la route. Finalement, l'occident n'est ici qu'impuissance.

Je prends une douche rapide et comate un instant sur mon lit. J'aime ces instants de latence où je séche doucement, retrouve calme et température normale après une douche chaude... TV5 monde nous joue un vieux film d'espionnage. Je suis pris par l'action, mais je n'ai pas du tout envie de me laisser piéger par l'inaction : je file dehors ; je ne suis quand même pas venu en Asie pour dormir devant la TV !

Je me retrouve dans la rue, gorgée de soleil et gonflée de bruit. Je sens d'un coup que j'ai profondèment changé, que je suis très diffèrent d'avant... Avant, j'aurais fuit, je me serait teré dans le refuge confortable (j'occupe une très belle chambre cette fois !) de l'hôtel. Je n'aurais pas fait le grand saut, j'aurais succombé au premier évitement venu. Mais, là, je fonce et je prends plaisir à cette autonomie, à cette liberté du bout du monde.

Je me souviens qu'il y a longtemps, j'avais traversé l'Angleterre et que j'avais été contrarié de devoir passer la nuit dans un hôtel indien (on est con quand on est jeune !) et là, je suis seul aux antipodes, et je plonge avec plaisir dans cette foule où je suis étranger !

[@ suivre]

 
 
 
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